Haïti

Jean-Jacques DESSALINES

Précédent

Gouverneur à vie puis Empereur

Suivant >>

DESSALINES
x
x
Photo
x
x
x
x
x
Marie Elisabeth
Jean-Jacques DESSALINES
Militaire
Empereur Jacques 1er, Signataire de l'Acte d'Indépendance
Gouverneur Général à vie (1804)/Généralissime/ Commandant de la 4ème demi-brigade, la Saint-Michel
o mercredi 20 septembre 1758 Saint-Domingue, Cormier, Grande-Rivière du Nord
+ vendredi 17 octobre 1806 Haïti, Pont-Rouge
(frères/soeurs:- Polyphème DESSALINES- Marie Noële DESSALINES)
ax Saint-Domingue, Saint-Marc, 21/10/1801, Marie-Claire Heureuse Félicité GUILLAUME
b& ?
c& ?
dx ?
e& ?
f& ?
g& Marie-Jeanne
h& Euphémie DAGUILH

DESCENDANCE


Avec ?
1 ) Célimène CHANCY née DESSALINES (2 octobre 1789-ca. janvier 1859)
2 ) Célestine DAUX née DESSALINES (2 avril 1793-10 août 1867)
3 ) Jacques Bien-Aimé DESSALINES
4 ) Albert DESSALINES
5 ) Pierre Louis DESSALINES
6 ) Serrine DESSALINES
7 ) Sophie CAZENAVE née DESSALINES (20 janvier 1799-10 août 1867)

Avec ?
8 ) Francillette MARCADIEU née DESSALINES (ca. 1796-)
9 ) Pierre DESSALINES (ca. 1798-9 mai 1817)
10 ) Antoinette DESSALINES
11 ) César Jacques DESSALINES

Avec ?
12 ) Jacques MÉTELLUS (26 juin 1805-)

Avec ?
13 ) Louis DESSALINES (-10 octobre 1820)
14 ) Joseph DESSALINES (neveu du roi Henry)

Avec ?
15 ) Marie Noël DESSALINES (-10 août 1867)
16 ) Adeline DESSALINES (ca. 1804-)
17 ) Rose DESSALINES (ca. 1802-)
18 ) DESFORGES née DESSALINES
19 ) Suprême DESSALINES (ca. 1806-)
20 ) Innocent DESSALINES (-10 octobre 1820)
21 ) Jean-Jacques César DESSALINES, jeune (-ca. janvier 1856)
22 ) Calinette DESSALINES (ca. 1806-)
23 ) Jean-Jacques Clément DESSALINES

 

ADOPTION


Avec Claire Heureuse GUILLAUME
Célimène CHANCY née DESSALINES
Célestine DAUX née DESSALINES
Pierre DESSALINES
Jacques Bien-Aimé DESSALINES
Antoinette DESSALINES
Albert DESSALINES
Pierre Louis DESSALINES
Jacques MÉTELLUS
Serrine DESSALINES
Sophie CAZENAVE née DESSALINES

 

Principale source : JPM

Source externe

Généalogie d'Haïti et de Saint-Domingue
Estelle & Jean-Paul Manuel © 1998-2009.
AVERTISSEMENT : CE SITE NE PEUT ÊTRE CITÉ COMME RÉFÉRENCE CAR IL RASSEMBLE DES DONNEES AUX ORIGINES DIVERSES QUI N'ONT PAS PU ETRE TOUTES VERIFIEES.
N'HESITEZ PAS A SIGNALER LES ERREURS.

Corrections : haiti.saintdomingue @ gmail.com
Révisé le dimanche 20 juin 2010

 

Jean-Jacques DESSALINES

Gouverneur Général à Vie (1er janvier 1804)

Jacques Ier

Empereur d'Hayti (octobre 1804)

Texte d'Ertha Pascal TrouillotTexte de Richardon Dorvil

             desalin.jpg (37466 octets)            salines.1.gif (408480 octets)            dessalines12.jpg (6641 octets)            dessalines-easton.jpg (55904 octets)

La Révolution Haïtienne par François Roc par François Roc

    Né à la Grande-Rivière, département du Nord, le 20 septembre 1758, mort à Port-au-Prince, le 17 octobre 1806.

D'abord esclave du Duclos, il est vendu à Dessalines, un Noir. Entré en liberté à la faveur des événements du 22 août 1791, il s'enrôle dans les bandes qui, saccageant la plaine du Nord, poussent les esclaves dans l'insurrection. L'organisation qui se met en place dans les camps en fait un des guides de Toussaint-Louverture

La guerre déclarée en mars 1793 entre la France et l'Espagne, le place dans les troupes de Toussaint sous les drapeaux de Sa Majesté catholique. Après le ralliement de Toussaint à la République en 1794, il est reconnu dans son grade de chef de bataillon par le gouverneur Laveaux dans les troupes franches formant la Légion de l'Égalité du Nord. 

L'organisation en demi-brigades introduite à Saint-Domingue par Laveaux au cours de l'été 1795 le récompense de ses succès remportés sur l'ennemi espagnol, c'est-à-dire les troupes noires de Jean-François. Des huit premières demi-brigades formées par Louverture dans le Nord et la partie libérée de l'Artibonite, Dessalines reçoit le commandement de la 4è, un corps qui deviendra fameux et auquel il restera affectivement attaché comme sa propriété jusqu'à sa mort. 

Affecté au commandement du cordon de l'Artibonite depuis 1796, il ne parviendra pas, malgré la combativité déployée par ses troupes, à reprendre du terrain sur les Anglais solidement établie dans la région dont ils développent les cultures jusqu'au Port-Républicain. A l'évacuation anglaise de l'Ouest négociée entre Louverture et le général Maitland au début de mai 1798, Dessalines, promu général de brigade dès la fin de 1797, devient le commandant en chef de l'Ouest et installe son quartier général à Saint-Marc. 

Dans la guerre que Louverture s'apprête à livrer à Rigaud dans le Sud, Dessalines est une pièce essentielle. Désigné comme le second de Moyse, il occupe en fait tout l'échiquier dont il dirige seul les opérations, Moyse étant, dès le début de la guerre, appelé pour mater un mouvement d'insurrection lancée dans le Nord par les partisans du chef sudiste. Au terme d'une guerre de quatorze moi (de juin 1799 à août 1800), Rigaud et ses principaux lieutenants sont chassés de l'île et Dessalines est récompensé.

Le 30 août 1800, à l'occasion d'une cérémonie solennelle réalisée dans le cadre des célébrations de la victoire à Léogane, il reçoit des mains du général en chef le ceinturon de général de division en l'église paroissiale. Dans le cadre du règlement de culture du 12 octobre, le général en chef lui confère le puissant titre d'inspecteur général des cultures de l"Ouest et du Sud. Quand éclate en octobre 1801 ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Moyse, cet étrange mouvement d'insurrection dans le Nord, c'est à Dessalines que le général en chef fait appel. Comme après la guerre du Sud, le nouveau divisionnaire n'hésite pas à tremper sa main dans le sang de présumés agitateurs et suspects en exécutant les ordres du général en chef.

Surpris dans le Nord par le débarquement des troupes de Boudet dans l'Ouest, il ne réussira pas à organiser une quelconque résistance dans l'étendue de son commandement de l'Ouest. Replié à Saint-Marc qu'il doit bientôt abandonner à l'approche de Boudet, Dessalines incendie cette ville en mettant le feu à sa propre demeure estimée à un million de francs. Retiré à la Petite-Rivière, il organise, sur ordre du gouverneur général, l'armement et la défense de la Crête-à-Pierrot, qui va vite devenir un haut lieu de la résistance noire à l'armée expéditionnaire. Écoutant les confidences du Louverture décidé à se soumettre à Leclerc, Dessalines ne parvient pas à convaincre le gouverneur déchu de résister encore, le temps de se reconstituer une nouvelle force en vue d'un soulèvement général éventuel. Cette soumission entraînant la sienne, Dessalines compte parmi les convives au dîner offert par Leclerc pour fêter leur ralliement. Intégré dans l'armée et dans grade, Dessalines reçoit du Capitaine général l'ordre d'aller stationner à Saint-Marc avec les débris de la 4è. Consulté par Leclerc sur une éventuelle arrestation de Toussaint coupable de tremper dans des conspirations qui continuent d'agiter le Nord et l'Artibonite, Dessalines, tout comme Clervaux, Christophe et Maurepas, donne un avis favorable.

Engagé dans la campagne de désarmement des cultivateurs lancée par le Capitaine général en juillet, l'ancien commandant de la 4è offre une collaboration convaincante dans la cueillette des 30 000 fusils ramassés. A la collaboration franche se mêlent bientôt des inquiétudes dont les plus tenaces laissent craindre un éventuel rétablissement de la servitude.

Sa rencontre avec Pétion à Plaisance au cours de la campagne de désarmement réconcilie les deux hommes. La situation d'insurrection générale qui traverse les campagnes en réponse à cette campagne de désarmement et d'autres mesures impolitiques de même nature prises par l'administration Leclerc finissent par toucher le cercle des officiers supérieurs des troupes noires.

Deux jours après la rébellion déclenchée par Pétion, Clervaux et Jean-Philippe Daut au Haut-du-Cap dans la nuit du 14 au 15 octobre, Dessalines saute dans la rébellion, s'empare de la Petite-Rivière, puis des Gonaïves. Il marche sur Saint-Marc. Mais ses faibles moyens le forcent à reculer face à une ville trop bien défendue et protégée.

Replié à la Petite-Rivière, il entreprend d'organiser une nouvelle armée.  Des 4 000 hommes qu'il recrute, sur les débris des anciennes demi-brigades cantonnées dans la région, il constitue ce corps embryonnaire qu'il baptiste « armée des Incas », le socle de ce qui sera appelé plus tard « armée Indigène ». Pour grossir les rangs de cette armée et asseoir son autorité, l'autoproclamé général en chef doit parcourir le territoire et compter avec les gens de couleur. L'entrevue fortuite mais capitale qu'il a avec Pétion à Plaisance en juillet, alors qu'ils sont tous les deux en mission contre les insurgés pour le compte de Leclerc, va maintenant porter fruits. L'arrivée de Pétion à la Petite-Rivière, un mois après l'enclenchement de la révolte des généraux au Haut-du-Cap, signifie son allégeance. Pétion se présente accompagné de l'homme qui va permettre à Dessalines d'asseoir son autorité dans le Sud. Il s'appelle Nicolas Geffrard.

Nicolas Geffrard, rétabli dans son ancien grade de colonel, a la délicate mission de porter la guerre dans le Sud, et d'y faire accepter l'autorité du nouveau général en chef. En attendant, Dessalines doit s'imposer dans le Nord voisin. Les deux voyages qu'il y effectuent lui valent sinon la soumission entière des partisans du tout-puissant Sans-Souci, l'ancien commandant de Grande-Rivière sous Toussaint, du moins le ralliement du grand nombre de ses lieutenants. 

Se tournant vers l'Ouest, Dessalines commence par s'en prendre à Larose qui occupe l'Arcahaie et n'entend pas se soumettre à un traître envers le gouverneur déchu. Entré en insurrection avec Charles Belair, le dauphin de Toussaint, immolé par Dessalines sur l'autel de sa jalousie, Larose occupe l'Arcahaie, libérée aux dépens des forces expéditionnaires. Mais contre une force de 8 000 hommes l'approchant, Larose ne peut que s'enfuir par la mer rejoindre Lamour Dérance, son chef, à Léogane. En revanche, la présence en cette région de Pétion, venu couvrir le passage de Geffrard vers le Sud, a un effet inattendu. Le brigadier général profite de son séjour dans la plaine pour s'entretenir avec le cercle des officiers de la bande de Dérance. Ainsi ces rencontres en favorisent une autre : une conférence générale. La confiance en Pétion est telle que la plupart des lieutenants de Dérance feront le déplacement.

Dès son retour dans l'Artibonite, Pétion fait rapport au général en chef et lui recommande d'organiser cette conférence en mai 1803. Arcahaie, son quartier général, sera l'hôte de cette rencontre. Placée sous la présidence de Dessalines, cette conférence tourne en véritable congrès d'unification du mouvement. Les chefs les plus récalcitrants de Léogane au Petit-Goâve répondent à l'appel et souscrivent à l'ensemble de ses objectifs. 

Un plan de campagne du Cul-de-Sac, prélude au siège du Port-Républicain, est arrêté; l'autorité de Dessalines est confirmée; Dérance isolé sera neutralisé. Enfin le bleu et rouge est adopté comme emblème commun.

   
   
                                                                  Image:Coat of arms of Haiti.svg                                                                               
   
   
Arrivé dans le Cul-de-Sac un mois après ce congrès, Dessalines se dispose à partir en tournée dans le Sud, véritable test pour son autorité. Parvenu à Camp-Gérard, le général en chef est reçu par une armée de 10 000 hommes. Prenant la parole, il confesse certains excès commis après la guerre civile, tout en rappelant avoir personnellement sauvé beaucoup de vies dont certaines parmi son auditoire. Il demande à tous l'oubli du passé, l'union sacrée et la haine des Blancs. Avant de repartir, il distribue grades et promotions.
  • Geffrard devient général de division et commandant en chef du département du Sud, formant une division militaire de cinq demi-brigades. A la tête de chacune d'elle, il nomme, sur les recommandations de Geffrard, un général de bridage et les chefs de brigade. Poursuivant sa tournée, il s'arrête à Léogane où il forme la 21è qu'il confie à Cangé, ancien lieutenant de Dérance.
  • Accompagné de ce général, il se rend devant Jacmel et lui confie le commandement du siège aux dépens de Magloire-Ambroise et ses bandes affiliés à Lamour Dérance. Avec ces forces, il forme les 22è et 23è demi-brigades. 
  •  
  • A Petit-Goâve, le capitaine Lamarre, le vainqueur du fort Liberté, est confirmé dans son grade de colonel attribué par Lamour Dérance. Il  partage avec le réputé Gilles Bambara, autre ancien affidé de Dérance, le commandement de la 24è fraîchement formée. 

L'unification de cette armée où Noirs et Mulâtres se mélangent est une victoire personnelle de Dessalines, véritable sésame de l'Indépendance. 

Alors que l'Armée indigène continue sa progression, la situation de la France sur le continent continue d'alarmer le camp de Rochambeau. La proclamation du capitaine général du 20 messidor an XI (9 juillet 1803) confirme l'état de guerre entre la France et l'Angleterre.

De septembre à décembre, les places occupées par les troupes de Rochambeau vont tomber les unes après les autres. 

  • Saint-Marc tombe le 4 septembre; 
  • Fort-Liberté, le 8 septembre;
  • Jacmel est évacué le 17; 
  • les Cayes voient Geffrard y faire son entrée le 17 octobre.

La chute du Port-Républicain, une huitaine plus tôt, ramène la capitale à son ancien nom, Port-au-Prince. Après quelques jours de repos dans cette ville où il n'y ni pillage ni tuerie, les troupes reçoivent l'ordre de repartir en direction du Cap. Mais la bataille du Cap n'aura pas lieu. Celle de Vertières, au Haut-du-Cap, convaincra le Capitaine général Rochambeau d'éviter un désastre inutile à l'ancienne capitale et à ce qui reste de son armée.

Vainqueur, Dessalines ratifie le traité de capitulation signé le 19 novembre par les représentants des deux armées. Proclamé gouverneur général à vie, le 1er janvier 1804 aux Gonaïves, peu après la Déclaration d'indépendance, Dessalines devient le premier chef d'État s'installe sur fond d'improvisation. Le titre inapproprié de gouverneur est au bout de quelques mois abandonné. En octobre, Dessalines est sacré empereur au Cap.

Mais Jacques 1er prévient qu'il n'y aura pas de noblesse. Installé à Marchand, une bourgade de l'Artibonite située au pied de la chaîne des Cahos, Dessalines entend y faire la capitale, alors que son gouvernement est partagé entre Gonaïves et Port-au-Prince. Isolé dans cette capitale qui attend d'être construite. Isolé dans cette capitale qui attend d'être construite, le gouverneur général ne peut exercer de contrôle sur ses principaux collaborateurs. 

Le pays sorti de la guerre n'a pas encore de tribunaux. En attendant l'installation de ceux-ci, les chefs militaires exerceront les fonctions de juges durant une année entière. La proscription lancée contre les Français en février 1804 dans un vide juridique total semble régler un problème de sécurité nationale pour déboucher sur un autre beaucoup plus explosif encore l'année suivante. L'année 1805 s'ouvre, après les célébrations de l'Indépendance à Marchand, sur un grand mouvement militaire, complément indispensable du plan de fortification du pays commencé l'année précédente. Mais cette campagne de l'Est (de mars à avril), entreprise pour des raisons sérieuses de sécurité nationale, s'achève, confrontée à ce motif : l'arrivée, soupçonne-t-on, d'une escadre française s'approchant des côtes haïtiennes. Au retour de l'armée de la campagne ratée de l'Est, les conseillers de l'empereur corrigent l'anomalie de la monarchie sans base légale. La Constitution impériale est adoptée en mai.

Pour valider cette Constitution, une circulaire envoyée à chacun des généraux les enjoint de signer le sacré document qui doit retourner à Marchand sous la dizaine. Version édulcorée de la Constitution louverturienne, la Constitution impériale de 1805 n'en conserve pas moins les traits essentiels. A part quelques dispositions novatrices (abolition de la notion de religion d'Etat, le mariage étant un acte civile, reconnaissance du divorce dans les limites déterminées par la loi), la Constitution impériale de 1805 dote Haïti d'une dictature militaire dirigée par un monarque absolu. Alors que l'Etat louverturien reconnaissait une certaine compétence à une Assemblée centrale chargée à tout le moins du soin de voter les lois, l'empire dessalinien érige l'empereur en un souverain qui « fait, scelle et promulgue les lois ». En lieu et place de l'Assemblée centrale louverturienne élue et composée entièrement de personnalités civiles, se trouve un Conseil d'Etat composé exclusivement des généraux de division et de brigade. Sa fonction, du reste, semble se résumer à la désignation, le cas échéant, du chef de l'Etat, puisque la monarchie est une monarchie élective. 

Le grand souci de la production, garant de la liberté, et central à la vision du monde louvertienne, est évacué du document fondamental de l'Etat dessalinien. Le gouvernement est administré par deux ministères : celui des Finances et Intérieur et celui de la Guerre. L'empereur nomme et révoque ses ministre. 

Mais Jacques 1er n'a ni les talents d'administrateur attentif ni les ressources intellectuelles de Louverture. Ne sachant ni lire  ni écrire, l'empereur s'en remet à son ministre des Finance, le général Vernet qui, ne sachant lui non plus ni lire ni écrire, s'en remet à un tout-puissant Vastey corrompu et laxiste. L'image d'un empereur jouisseur, amateur de femmes, dépensier et distant n'arrange pas les choses. Elle se répercute du Nord au Sud, d'une ville à l'autre.

Au milieu des rumeurs annonçant partout conjurations et complots, l'empereur réagit en s'attaquant à la puissance de ses généraux et leurs alliés par deux mesures : l'arrêté du 24 juillet et l'ordonnance du 28 juillet 1805. Par l'ordonnance du 28, les divisions militaires du Nord et du Sud sont scindées en deux, réduisant d'autant le nombre de baïonnettes que commande chaque divisionnaire. 

Par l'arrêté du 24, portant vérification générale et des titres de propriété et leur enregistrement obligatoire provoque une large vague d'inquiétude. Mais dans cette mer de corruption qui fait rimer fraudes avec dilapidations, la vérification des titres de propriétés sonne comme une réponse juridique à un problème hautement politique et social. En lieu et place, les fonctionnaires se livrent à un véritable trafic de validation. 

Le mécontentement gronde partout. Partout on dénonce la méthode utilisée par l'empereur, et l'esprit dans lequel la vérification est abordée. Comment avancer dans ce domaine sans toucher au vieux contentieux toujours explosif du système de fermage qui remonte à la Troisième Commission civile (1796-1797) ? Partout, le cultivateur ploie sous un caporalisme agraire aussi impitoyable qu'au temps de Toussaint : la bastonnade, le retour de la carte de sûreté, le maintient du régime portionnaire du quart. 

Le soldat sur lequel repose le régime et sûreté de l'Etat n'est pas mieux nanti. Réduit au silence par un code pénal militaire, il n'est ni soldé, ni habillé. Enfermé dans ses casernes, il ne peut exercer une quelconque activité pour subvenir à ses besoins ou ceux de sa famille. Le témoignage de Vastey, quoique daté de 1819, concorde avec bien d'autres. Le constat est partout le même : un désordre généralisé règne dans l'empire; les finances sont désorganisées; 

Décidé à aller jusqu'au bout, l'empereur entreprend du début de juin à la deuxième semaine de septembre, une vaste tournée d'inspection administrative dans le Sud, principal foyer du mécontentement. Mais le voyage n'est pas celui d'un administrateur mais d'un guerrier. A Jacmel, il aigrit les mécontents en faisant procéder à une révision de la vérification. Déterminé à tout plier à sa volonté, il fait brûler sur le chemin qui le mène de Miragoâne aux Baradères, puis des Irois au Port-Salut en direction des Cayes des millions de bois de campêche interdit d'exportation. Parvenu aux Cayes, il mande de Port-au-Prince, Balthazar Inginac, le directeur des domaines de l'Ouest pour l'opération cayenne de contrôle de l'administration publique. Impitoyable, il fait procéder, conformément à un arrêté du 2 mai 1806, à la démolition sauvage d'un bon nombre de guildives dans la plaine des Cayes, n'hésitant pas à donner audit arrêté un effet rétroactif.

Et l'empereur, indifférent aux inquiétudes qui gagnent la population, se laisse aller, comme pour la narguer, au plaisir de la danse en compagnie de ses favoris des deux sexes. Enfin à une huitaine du retour au Port-au-Prince, l'empereur ne se prive pas d'administrer un dernier coup à l'ennemi dont il s'étonne de la docilité. Le décret impérial du 1er septembre, renforçant celui du 24 juillet, fait obligation aux tribunaux et aux notaires d'obtenir un certificat de vérification de l'administrateur principal de la division avant toute intervention sur un acte (testament, donation ou vente).

Trompé par le calme de la population, Dessalines quitte les Cayes le 9 septembre, laissant Inginac parachever son travail et le mécontentement de se cristalliser en insurrection. Un mois plus tard, l'empereur est informé d'une rébellion qu'il croit limitée au sel département du Sud. Avant de descendre vers l'Ouest, il informe Christophe dont il ne soupçonne pas l'existence de lien avec l'« armée insurrectionnelle ».

Parti de Marchand le 15 octobre, pour aller établir son quartier général à Port-au-Prince en prévision d'une nouvelle guerre du Sud. Confiant, il prend la route avec une faible escorte, laissant derrière lui deux bataillons de la 4e qui l'accompagnent. Les sentinelles qu'il envoie l'attendre à l'entrée nord de Port-au-Prince sont gagnés par l'ennemi. Pourtant il croit les reconnaître en arrivant au Pont-Rouge en cette matinée du 17. Un roulement de tambour ameute les soldats dispersés dans le bois. L'empereur est encerclé par les 15e et 16e demi-brigades du Sud. Un coup de f"eu parti de la 15e le rate tandis qu'un autre venant de la 16e l'atteint. Il tombe. Charlotin Marcadieux, qu'il appelle au secours, se précipite pour le protéger. Balles et poignards vont vite en faire deux corps inertes ruisselant de sang.

 

   

La Révolution Haïtienne par François Roc
par François Roc

 

 

 

Principale source : JPM

 

Source externe

Généalogie d'Haïti et de Saint-Domingue
Estelle & Jean-Paul Manuel © 1998-2008.
AVERTISSEMENT : CE SITE N'EST PAS UNE RÉFÉRENCE CAR IL RASSEMBLE DES DONNEES AUX ORIGINES DIVERSES QUI N'ONT PAS PU ETRE TOUTES VERIFIEES.
N'HESITEZ PAS A SIGNALER LES ERREURS.

Corrections : haiti.saintdomingue @ gmail.com
Révisé le jeudi 31 juillet 2008