Guy Joseph BONNET
De l'union de Guy Marie Bonnet, «bourgeois de Nantes», et de Renée
Dernier, naquit à Nantes, Guy François Bonnet. Le 27 mai 1771, celui-ci
épousa Marie-Louise (ou Lanise) Anne Victor Icart à Léogâne. A la mort de
Guy François, la jeune veuve se remaria, en 1779, avec Jean Sabin Michel, un
négociant de Marseille établi à Port-au-Prince. Mais Guy François avait
laissé un fils : Guy Joseph Bonnet né à Léogâne le 10 juin 1773.
Guy Joseph Bonnet apprit à lire et à écrire à l'âge de quinze ans, et
entra dans la vie active à titre de commis dans une maison de commerce. Il
prit part aux Concordats de la Croix-des-Bouquets et de Damien de concert avec
Beauvais et Pinchinat. Il risqua la pendaison le 28 novembre 1798.
On nomma Bonnet capitaine, puis chef de bataillon de Rigaud. Adjudant général
sous Dessalines, on le dépêcha au quartier général de Turgeau le 15
octobre 1803 afin qu'il traite avec le général François Lavalette des
conditions de la capitulation de Port Républicain (Port-au-Prince).
Grand acteur de la lutte pour la liberté, lorsque les commissaires civils
Polvérel, Sonthonax et Arthaud établirent les conseils de guerre chargés de
statuer sur le sort des traîtres qui prenaient les armes contre la patrie,
Bonnet occupa les fonctions de greffier de la commission militaire séant à
Petit-Goâve. On jugea Dupaty, un colon français arrêté dans les rangs des
Anglais et défendu par l'avocat Viol, le seul qui avait osé se porter
publiquement à la défense d'Ogé et de Chavannes, au Cap. Rendant ce même
service à Dupaty, l'avocat arracha au tribunal présidé par Rigaud un
verdict de non culpabilité. L'accusation était représentée par Lefranc, le
ministère public.
Bonnet remplit les charges de général de brigade et sénateur en 1806.
Dans un rapport remis au Sénat, il rappela qu'il fallait absolument suivre
les principes de Barbé de Marbois, intendant à Saint-Domingue, dans
l'organisation des finances haïtiennes. Ainsi, le gouvernement de Pétion, à
l'instar de celui de Saint-Domingue, n'employa-t-il qu'un seul secrétaire
d'État. Ce dernier devait, à l'image de Barbé de Marbois, se charger de
l'intendance des ministères de la Guerre, de la Marine, des Finances, de la
Justice, de la Police, et. L'intention de Bonnet consistait à réunir toutes
les branches de l'administration, sorte de concentration des services publics.
D'ailleurs, suivant ainsi l'exemple de Barbé de Marbois, ses successeurs se
prévalèrent de ce système; Toussaint-Louverture lui-même, au cours de son
administration, suivit ces principes d'équilibrer les recettes et les
dépenses publiques à travers les communes, après avoir fait pression sur
les contribuables d'administration, comme le soulignait Bonnet dans son
rapport. A Jean Chrisostome Imbert, fraîchement nommé administrateur
principal des Finances dans le département du Sud, il adressa des recommandations
précises quant à la manière de gérer les finances de ce département.
Concernant Barbé de Marbois, Guy Joseph Bonnet poursuivait : «C'est par la
réunion de toutes ces branches de service dans des mains aussi habiles que
cet homme éclairé a acquis une si grande réputation, et a rendu
Saint-Domingue la plus florissante des Antilles. Sous son influence, cette
île était parvenue à un degré de splendeur que, longtemps, nous ne
pourrons espérer d'atteindre.»
Certes, pour les besoins de sa propre cause, Bonnet exagéra l'influence de
Barbé de Marbois sur l'économie de Saint-Domingue. Ce développement
économique auquel il référait sans cesse a pu être atteint grâce à toute
un série de circonstances que les historiens modernes désignent sous la
dénomination de révolution de la canne.
Après le passage de Guy Joseph Bonnet et Schoelcher, s'installa le
désordre administratif qui caractérisa le régime de Pétion. Appuyant sa
documentation sur les mémoires de Bonnet, Anténor Firmin a relevé certains
traits de caractère de celui qu'il baptisa le doux philosophe présidentiel.
Firmin a aussi reproduit quelques commentaires de Pétion, rapportés par
Bonnet : «Tous les hommes sont des voleurs... Je ne suis pas fait pour
gouverner les hommes...» «En législation, il faut compter sur les principes
et jamais sur les hommes.» Cependant, il négligea ces mêmes principes en
gouvernant, en raison de cette indolence qui illustrait si bien son
tempérament.
En 1807, Bonnet accéda au commandement de l'arrondissement de Jacmel. Le
30 novembre 1808, le Sénat l'éleva au poste de secrétaire d'État des
Finances. Il sut s'entourer d'employés remarquables par leurs connaissances,
tels Sabourin, Inginac, Frémont et Boisrond Canal. Il resta aux Finances
jusqu'au retour de Rigaud, en 1810. A ce moment-là, Bonnet se trouvait dans
le Sud. Il s'y était rendu, écrivit-il à Toussaint-Louverture, pour éviter
d'être assassiné. A la mort de Rigaud, il fut question que Bonnet succède
au chef de garde du Sud, parti pour les États-Unis en 1811.
L'histoire rapporte que le président Alexandre Pétion, voulant désigner
son successeur avant de mourir, expira en prononçant la lettre B.
S'agissait-il alors de Boyer ou de Bonnet? On l'ignore. Toutefois, on sait que
ces deux généraux entrèrent par la suite en compétition pour la présidence.
En 1825, Guy Joseph Bonnet commanda l'arrondissement de Saint-Marc. Il
resta à ce poste jusqu'à sa mort, survenue brusquement en janvier 1843 alors
qu'il présidait la cérémonie commémorative du trente-neuvième
anniversaire de l'indépendance nationale.
Guy Joseph Bonnet laissa quelques écrits :
«Au Directoire exécutif et au corps législatif» (Paris, 1798), un
opuscule daté du 10 fructidor, an VI (27 août 1798) dans lequel il relate en
détail la conduite du commissaire Sonthonax à Saint-Domingue,
et une oeuvre posthume, Les souvenirs historiques, publiée par son fils
Edmond Bonnet, à Paris. Ce livre renferme tout le charme et tout le piquant
de la biographie : parmi tant de héros et de personnages du premier plan, Guy
Joseph Bonnet incarne une personnalité attachante par sa vie mouvementée,
voire exemplaire, et par sa lutte contre les obstacles qui s'opposent à son épanouissement,
unissant en elle les vertus du héros et les qualités et défauts de la
nature humaine.
Bonnet composa aussi des alexandrins «avec sa facilité prosaïque». «On
a de lui un poème manuscrit, dit Eugène Nau, que j'aurais voulu voir
publier, si le sujet n'était pas trop obscène. Il excellait à faire des
bouts rimés, des calembours et surtout des acrostiches. Il se vantait de lire
Voltaire et pratiquait comme un culte la musique. Pendant que ses ouvriers
travaillaient sous son ordre, il jouait du violon. On allait à son atelier
comme à un concert et l'on écoutait aussi avec plaisir sa conversation
originale et gaie.»
Guy Joseph Bonnet avait épousé Marguerite Elisabeth Françoise Laure
Castaing. Le premier enfant du couple, Joseph Eugène, vint au monde à la
Jamaïque le 3 janvier 1801 et fut enregistré aux Cayes le 11 du même mois;
puis le 30 juillet 1802, Marguerite Adélaine vit le jour aux Cayes. En 1804,
Guy Joseph Bonnet épousa madame Émile Péan en secondes noces. Leur union
engendra une fille, Henriette, qui devint l'épouse de M. Vernard, premier
maire de la ville de Saint-Marc.
Luc Dorsinville a ouvert un collège sous la dénomination «Institution
Guy Joseph Bonnet»
par Ernst et Ertha P. Trouillot
Encyclopédie Biographique d'Haïti
Les Éditions SEMIS inc.,
(c) Ottawa 2001