Charlemagne PÉRALTE,
le résistant
Le commandant militaire de Léogane est le
jeune Charlemagne PÉRALTE. A 29 ans, il assure des fonctions similaires à
celles d’un Préfet d’Arrondissement, le territoire de la République
d’Haïti étant organisé sur un modèle militaire.
Refusant de déposer les armes sans combattre, ou en tout cas sans ordre
officiel des autorités haïtiennes légitimes dont il est le représentant,
Charlemagne PÉRALTE se met à dos ceux qui, à Port-au-Prince, ont senti le
vent tourner. Sa carrière militaire et administrative brisée, il démissionne
et retourne dans sa ville natale de Hinche pour s’occuper des terres
familiales.
Son portrait le
plus connu
Né en 1886, Charlemagne PÉRALTE est issu d’une famille prestigieuse du
Plateau Central Haïtien, une région fertile et prospère qui fut précédemment
sous contrôle espagnol. On peut encore voir à Hinche, ville fondée en
1503, une des plus ancienne cathédrale des Amériques.
"PERALTE" est d’ailleurs la version francisée de "PERALTA",
le patronyme hispanique d’ancêtres ayant choisi de devenir haïtiens lors
de la partition de l’île d’Ayiti en 1844.
Même s’il n’occupe plus de fonctions officielles, le patriotisme de
Charlemagne PÉRALTE se manifeste dès 1917. Il est cette année-là condamné
à cinq ans de travaux forcés pour avoir attaqué le domicile d’un
officier états-unien, cadre de la force d’occupation. Après un an de
captivité (il est vu balayant avec sérénité les rues du Cap Haitien,
s’attirant l’admiration du Consul de France, qui le mentionne dans sa
correspondance), PÉRALTE prend le maquis.
PÉRALTE, le chef des Cacos
A la tête de guérilleros appelés les Cacos (un nom remontant aux
mouvements paysans armés du XIXème siècle haïtien), Charlemagne PÉRALTE
entreprend le harcèlement des forces d’occupations états-uniennes. Avec
un armement limité à quelques vieux fusils et des machettes, les Cacos
posent un tel problème que les effectifs des Marines sont augmentés, et
que les États-unis en viennent à utiliser leur aviation pour contrôler le
territoire et mater la guérilla.
Après deux ans de combats, fort du soutien de la population, Charlemagne PÉRALTE
va jusqu’à proclamer un gouvernement provisoire dans le Nord d’Haïti,
en 1919.
Cependant, dans la nuit du 31 Octobre 1919, guidé par Jean-Baptiste CONZÉ,
un des proches de Charlemagne PÉRALTE, le sous-lieutenant HANNEKEN, des US
Marines, infiltre le campement des Cacos, près du village de Grande-Rivière
du Nord. Grimés, le visage noirci au charbon, les soldats états-uniens
passent plusieurs poins de contrôle, avec l’aide de CONZÉ (dont le nom
est depuis devenu synonyme de traître en Haïti). Parvenu à 15 mètres de
Charlemagne PÉRALTE, HANNEKEN dégaine son arme de poing et l’abat
d’une balle dans le coeur. Une brève escarmouche s’ensuit, les Cacos
survivant se dispersant dans la nuit.
La mort de Charlemagne PÉRALTE apparut pour la force d’occupation comme
un rude coup à l’esprit de résistance des Haïtiens. Un cliché du
cadavre de Charlemagne PÉRALTE, attaché à une porte et accompagné du
drapeau bicolore haïtien, fut reproduit à des milliers d’exemplaires
pour être distribué dans le pays.
Le corps de PÉRALTE
attaché sur une porte
Les forces états-uniennes essayèrent d’employer ce cliché à des fins
de guerre psychologique
Un personnage à la portée symbolique
Trahi par un de ses proches et tué à l’âge de 33 ans, Charlemagne prit
pour les haïtiens la dimension d’un martyr, la posture du corps sur le
cliché renforçant la dimension christique du personnage.
Un hommage fut rendu à Charlemagne PÉRALTE dès la fin de l’occupation
états-unienne. Ses restes furent exhumés, identifiés par sa mère, puis
inhumé dans un caveau du cimetière du Cap Haïtien, qui peut encore être
vu aujourd’hui.
Les pièces de monnaie frappées au retour du président Jean-Bertrand
ARISTIDE en 1995 comportent le portrait du héros national, comme un pied de nez
à l’influence pesante de Washington dans les affaires intérieures d’Haïti.
Pour son action d’éclat, le sous-lieutenant HANNEKEN reçut la Médaille
d’Honneur du Congrès (Congressional Medal of Honor), pour avoir tué le
"chef des bandits haïtiens" au terme d’une opération téméraire.
Poursuivant sa carrière au sein du corps des MArines, HANNEKEN parvint au
grade de Général de Brigade, participant notamment à la Guerre du
Pacifique à Guadalcanal.