Louis Déjoie, fils de Justin Déjoie, négociant et de Claire Louise
Cévest, originaire de la Jamaïque et de la dame Marthe Célimène Geffrard,
naquit à Port-au-Prince le 23 février 1896. Justin Déjoie était lui-même
le fils d'Ennery Déjoie et de Véronique Catherine Oriol. Les parents de
Louis Déjoie se sont unis le 29 avril 1895, en présence des citoyens Solon
Ménos et Edmond Roumain; Gétin Heurtelou, officier de l'état civil de
Port-au-Prince, a présidé la cérémonie.
Ayant obtenu sa maîtrise à Cornell University, Déjoie regagna Haïti en
1922. Il dut patienter presque deux ans avant de pouvoir occuper un emploi à
l'École d'agriculture de Thor (section communale de Carrefour,
Port-au-Prince) dirigée alors par Bailley, un Jamaïcain devenu un grand
haïtien. Louis Déjoie contribua à former quelques bons éléments et
développa la première culture méthodique de tomates qu'il exporta.
Quand Déjoie rentra de Gembloux (faculté des sciences agronomiques de
Belgique), il succéda à Bailley à l'École d'agriculture de Thor, qui
logeait à l'époque dans un ancien asile de fous, bâtiment sans portes où
les cabris venaient s'abriter la nuit. En 1922, lorsque Freeman, conseiller
financier américain, arriva avec l'emprunt de seize millions, le gouvernement
de Louis Borno entreprit la construction de l'École d'agronomie de Damien. A
la fin des travaux, il fallait recruter des étudiants ; on les attirait en
leur offrant des bourses de quarante-cinq dollars. La bâtisse,
impressionnante, fit la une des journaux haïtiens, non pour rendre hommage au
gouvernement de son utilité mais, au contraire, pour l'accabler de consacrer
une telle construction à l'enseignement des paysans. Un grand journaliste,
Charles Moravia, s'écria : «Il faut fermer Damien, il va à la République
comme un faux col à un chat.»
Un journal alla même jusqu'à suggérer qu'on en fît un hôtel.
A cette époque-là, les écoles rurales n'existaient que de nom. Quant
Maurice Dartigue, assistant du directeur général adjoint Carl Colvin à
Damien, dressa le relevé des école rurales, il constata que la plupart
n'étaient en réalité que des écoles fantômes ou «zombies.».
En sa qualité d'ingénieur agronome, Louis Déjoie siégea au comité
national haïtien de la Conférence mondiale de l'énergie formé le 22
juillet 1936 par le gouvernement Sténio Vincent; le comité se composait
comme suit : l'ingénieur Louis Roy, ancien ministre des Travaux publics,
président ; le docteur Rulx Léon, vice-président ; l'ingénieur Pierre
Éthéart, secrétaire; le colonel D.P. Calixte, les ingénieurs Lepelletier
Jeannot, Hermann Doret, Charles Féquière, Max Dennis, Max Mangonès et
l'ingénieur agronome Schiller Nicolas, membres.
«Le comité national haïtien de l'énergie entre en rapport avec le
comité national américain et avec le comité international permanent de
Londres pour tout ce qui a trait aux travaux et études qui constituent le but
de la Conférence mondiale de l'énergie.»
Déjoie entra au Sénat puis soumit sa candidature à la présidence de la
république d'Haïti en 1957, sous la bannière du Parti national agricole et industriel,
le PAIN; ses adversaires : Clément Jumelle, Daniel Fignolé, le docteur
François Duvalier, etc. Sa campagne électorale, menée avec prestige et
dignité marqua profondément la vie politique et sociale haïtienne.
Le 2 mai 1958, un communiqué du département de l'Intérieur informa
l'opinion publique de ce que Louis Déjoie, ex-sénateur de la République,
était déclaré hors-la-loi, victime d'une tentative politique
d'éloignement. Le 19 mai, Louis Déjoie décida donc de s'exiler au Mexique.
Réfugié à l'ambassade du Mexique, Louis Déjoie reçut la protection du
drapeau mexicain jusqu'à son départ. Selon les rumeurs, il semble qu'on ait
soumis l'ambassadeur de ce pays ami à des pressions pour le moins
discourtoises afin qu'il livre son précieux réfugié, à tel point que l'ambassadeur
a dû appeler la police en renfort pour assurer la sécurité de Déjoie.
Louis Déjoie mourut à New-York.
par Ernst et Ertha P. Trouillot
Encyclopédie Biographique d'Haïti
Les Éditions SEMIS inc.,
(c) Ottawa 2001