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Haïti

Gérard VIAU

VIAU SEVERE CADET CHAUVETTE CARRIE BOUCHEREAU BOUCHEREAU
Alfred VIAU
x
Antoinette VIAU née SÉVÈRE Henri CADET
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Brunette CADET née CHAUVETTE Félix CARRIÉ
x
Victoire CARRIÉ née BOUCHEREAU Eugène BOUCHEREAU
x
Léonce VIAU
x
Brunette VIAU née CADET Eugène CARRIÉ
x
Isménie CARRIÉ née BOUCHEREAU
Alfred VIAU
x
Lydie VIAU née CARRIÉ
Gérard VIAU
o ca. 1900/1925
+ mardi 6 juillet 1948 Haïti, Port-au-Prince
(frères/soeurs:- Marie-Carme DORCÉ née VIAU- Joseph VIAU)

SANS DESCENDANCE CONNUE

 

 

Principale source : JPM

Source externe

Généalogie d'Haïti et de Saint-Domingue
Estelle & Jean-Paul Manuel © 1998-2008.
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Corrections : haiti.saintdomingue @ gmail.com
Révisé le vendredi 25 juillet 2008

 

L'affaire Gérard Viau contre Alfrèd Remy



Les élites du pays vivaient en factions irréconciliables et parmi les nombreux événements accumules au cours de cette période mouvementée, aucun ne pourra mieux illustrer le persistant climat de rivalité sociale et de haine de classe qui prévalait à Port-au-Prince que la célèbre affaire Viau-Remy.

Les faits à l'origine de ce funeste épisode se situent au moment où, après la proclamation des résultats de la faculté de droit de Port-au-Prince, on apprit que c'était un étudiant mulâtre, Gérard Viau qui devenait le récipiendaire d'une bourse d'études à Paris accordée par le gouvernement français. À la grande surprise de tous, le ministre de l'Éducation parvint à écarter le jeune Viau pour favoriser nul autre que son propre fils, Ernest Laraque. Le Père de l'étudiant déboute, Me Alfred Viau, avocat réputé du barreau de Port-au-Prince, dénonce alors à grand fracas le népotisme, la mesquinerie et l'indécence du ministre Laraque dans un retentissant article publie par Le Nouvelliste. Aussitôt, La République, un journal progouvernemental, donne la réplique à Me Viau, l'invitant à ne pas se poser en protecteur de la morale publique puisqu'il était parfaitement normal que le ministre, agissant en bon Père de famille, pense lui aussi à l'avenir de son garçon, surtout lorsque l'on sait, ajoutait-il, que les Mulâtres ont eux-mêmes suffisamment abusé de privilèges par le passe.


La polémique s'engageait donc sur le ton batailleur et l'esprit partisan qui convenaient bien à cette époque d'affrontements passionnes sur les thèses coloristes, quand elle entra soudain dans une spirals sanglante qui donne la pleine mesure de la violence des sentiments sur la question de classe à Port-au-Prince durant la présidence d'Estimé. Le jeune Viau, s'étant secrètement armé du revolver de son Père, alla à la rencontre de Jean Remy, directeur du journal La République et de l'Imprimerie de l'État. 

Ce matin-là, après avoir conduit Henri, son ainé, à l'institution Saint-Louis de Gonzague, Jean Remy était resté dans sa voiture garée devant les locaux de l'Imprimerie, avec ses enfants Nicole et Raymond tranquillement installer sur le siège arrière Jean Remy corrigeait des textes, lorsque ivre de colère, Viau l'interpella.

Après avoir vidé son chargeur a bout portant sur son ennemi, Gérard Viau, sans même tenter de s'échapper, se laissa maîtriser par les employés qui sortaient en courant de l'imprimerie pour prêter main forte à leur directeur et par la foule des curieux qui, alertés par les coups de feu, s'amassait rapidement sur les lieux du drame. Pendant que des soldats sortaient du proche Pénitencier national afin d'appréhender Viau et le conduire en cellule, on transportait Jean Remy à l'Hôpital général où il succomba rapidement à ses blessures. 

Le président Estimé, accompagné de quelques intimes, alla en personne visiter cet ami afin de lui apporter un témoignage public de considération, d'affection et de soutien. Presque au même moment, Gérard Viau, on ne saura jamais pour quelles raisons, après un bref interrogatoire au Pénitencier, était reconduit menotté sur les lieux de l'attentat. C'est là que l'attendaient un groupe de jeunes partisans surexcités du régime, de jeunes intellectuels, qui l'écharpèrent sauvagement avec. les,armes les plus hétéroclites: couteaux, pics à glace, fourchettes à découper, revolver, coups-de-poing américains, poignards et gourdins. Le jeune Viau s'effondra sous les coups et mourut sur le trottoir, sans que les dizaines de policiers et de soldats qui l'entouraient, aient même tenté de faire un geste pour le protéger. 

Parmi les assassins de Viau se trouvait Ti-Bobo qui deviendra l'un des plus tristement célèbres tontons macoutes de Duvalier. Il travaillait alors comme indicateur ou "détective" à la préfecture de Port-au-Prince. Rappelons qu'à l'époque, le poste de préfet était occupé par M. Boileau Mehu. Curieusement, c'est le colonel Paul Magloire, alors commandant des casernes Dessalines, qui signa le communiqué relatant les événements. Les observateurs seront unanimes d'ailleurs pour considérer ce communiqué comme un chef-d'oeuvre de littérature sibylline.

L'affaire Viau permettait de prendre la juste mesure de la déchirure profonde, de la situation conflictuelle permanente dans laquelle évoluaient les élites Port-au-Princiennes, en plus d'apporter une éloquente démonstration de la polarisation extrême de leurs sensibilités, de leurs rivalités passionnelles et de leur antagonisme social, l'assassinat de Jean Remy suivi du lynchage de Viau, leurs funérailles presque simultanées, réveillèrent toutes les haines sociales, toutes les vieilles rancunes entre la bourgeoisie traditionnelle et la classe, suscitant au passage une chaîne de querelles partisanes acharnées autour de la délicate et explosive question de couleur. 

Me Alfred Viau, se sentant menacé, s'exila avec femme et enfants en République dominicaine. Peu de temps après, le dictateur Trujillo lui ouvrit les micros de la radio officielle où il s'interrogera sur l'autorité morale et la légitimité du président haïtien qu'il s'employait à dénoncer comme l'inspirateur clandestin du meurtre de son fils. Me Viau allait rejoindre à Ciudad Trujillo le célèbre colonel Astrel Roland qui, par ses attaques personnelles contre Estimé à l'antenne de La Voz Dominicana, suscitait déjà un émoi politique qui allait bientôt dégénérer en un grave conflit diplomatique connu depuis sous le nom de l'affaire Roland.