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Haïti

Justin ÉLIE

ELIE SEVENE DUFRENE JOUVE AUGUSTE DALMASSE MAZIERE MAZIERE
Jean ÉLIE
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Adèle ÉLIE née SÉVÈNE Louis DUFRÊNE
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Marie-Magdeleine "Popotte" JOUVE Photo courtoisie de © Peter Frisch Jean AUGUSTE
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Bebelle DALMASSE Antoine ARISTIDE
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Mazéline MAZIÈRE
Thomas Prosper ÉLIE
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Célie ÉLIE née DUFRÊNE Seymour AUGUSTE
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Bélerize AUGUSTE née MAZIERE-LARANTE
Louis ÉLIE
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Cécile ÉLIE née AUGUSTE
Thomas Justin ELIE
Pianiste, Compositeur
Président-Fondateur de la Société des concerts
membre du Conseil National de l'Université d'Haïti en 1921
o samedi 1 septembre 1883 Haïti, Cap-Haïtien
+ jeudi 3 décembre 1931 USA, New York, NY
(frères/soeurs:- Louise ESTÈVE née ÉLIE- Lilie DENIS née ÉLIE- Gabie BARTHE née ÉLIE- Andréa AUDAIN née ÉLIE- Lucile DAUPHIN née ÉLIE)
ax Haïti, Jérémie, 06/08/1912, Marie-Louise Saint-Vincent Fernande THIMOTHEE
bx Haïti, Port-au-Prince, 02/12/1916, Marie Marguerite Emilie PRICE

DESCENDANCE


Avec Marie Marguerite Emilie ÉLIE née PRICE
1 ) Simone STECHER née ÉLIE (8 janvier 1918-29 octobre 1996)
2 ) Gisèle ÉLIE (17 avril 1919-2 août 1999)
3 ) Henri ÉLIE (ca. 1923-29 janvier 1932)

 

 

Principale source : PF

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Généalogie d'Haïti et de Saint-Domingue
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Révisé le mercredi 25 mars 2009

 

Justin Élie

Ce musicien compositeur d'avant garde méconnu*

par Micheline Dalencour

 
Il m'est particulièrement agréable de renouer avec cette belle et ancienne tradition de concert commenté dans un club mondain. Au début du siècle, à l'époque de Justin Élie, c'était une coutume fort appréciée. Le cercle Bellevue, le Cercle Port-au-Princien, accueillaient ces récitals d'artistes, ces auditions d'élèves dont les journaux contemporains nous ont gardé le souvenir.

Justin Élie est né le 1er septembre 1883 au Cap-Haïtien, au foyer de Cécile Auguste, capoise et de Louis Élie commerçant de Port-au-Prince. Sa soeur Lucile, Mme. Dauphin, que j'ai eu le privilège d'interroger au moment de la célébration du centenaire de son frère témoigne de ses dons musicaux précoces. Le pianiste Hermine Faubert dont la réputation est grande le milieu, l'initie au piano. Son enseignement marque le garçonnet qui lui garde reconnaissance et respect. Plus tard devenu adulte et célèbre, il viendra souvent discuter technique et interprétation musicale avec elle, m'a révélé Marie Élie, nièce d'Hermine.

A 12ans, il quitte l'Institution St. Louis de Gonzague où il est écolier. Sa mère, comme cela se faisait dans certaines familles aisées, décide de s'installer à Paris pour parfaire l'éducation de ses enfants : cinq filles et un fils. Le jeune garçon est admis au collège Ste. Croix. Sa passion pour la musique dépasse de loin son assiduité à l'étude. Ses parents qui le destinent au commerce sont déconcertés. A 15ans, ils le mettent en demeure de choisir. Il choisit et ô miracle sa mère acquiesce. Mieux, elle l'inscrit au Cours Masset, institution musicale préparant les candidats au concours d'entrée au Conservatoire Nationale de Paris. Après 3 ans de travail intense, son fils y est admis. Ses professeurs sont les maîtres renommées de l'époque. Pour le piano : Marmontel qui a formé des pléiades de pianistes tels : Isaac Albeniz, Claude Debussy, et est également l'auteur apprécié d'ouvrages didactiques qui ont marqué l'évolution de la pédagogie musicale. Plus tard Justin Elie passa dans la classe de Charles Bériot, autre professeur illustre du Conservatoire de Paris qui comptait parmi ses disciples : Maurice Ravel, Enrique Granados. (De plus Bériot a laissé des cahiers d'étude technique de piano encore utilisés de nos jours.)

Désireux d'acquérir une formation musicale complète, Justin Élie étudie parallèlement au piano d'autres branches de la théorie musicale, qui lui permettent d'aborder l'étude de la composition et de l'orchestration. Ses maîtres, pour ces spécialités se recrutent parmi les célébrités du moment Vital et Émile Pessard, grand prix de Rome, qui instruisit également Maurice Ravel.

Dans ce Paris où se côtoient les civilisations diverses, ce jeune haïtien s'ouvre au grand courant d'idées nouvelles qui parcourent l'Europe en ce 19ème siècle finissant. Tirant parti de l'expérience et de la réussite de leurs prédécesseurs Haydn, Mozart, Beethoven dont les thèmes de nombreux chefs-d'oeuvre étaient puisés directement dans la musique populaire, tel celui de l'Ode à la joie, finale de la 9ème symphonie, qui est une chanson des bateliers du Rhin, tirant donc partie de ces réussites exceptionnelles, sensibles à l'exaltation de l'âme nationale chère aux romantiques et merveilleusement illustrée par Brahms ou Chopin, les compositeurs systématisent ces idées prônées par Frantz Liszt à savoir le renouvellement de l'inspiration musicale par le retour aux sources même de la musique que sont le Chant folklorique et la danse populaire.

Dans  toute l'Europe, ces nouveaux principes se répandent, en Russie avec Balakirew, en Tchécoslovaquie avec Smetana, en Espagne avec Albeniz, en Hongrie avec Bartok, en Norvège avec Grieg. Dès son retour en Haïti en 1905, Justin Élie tout imprégné de ces nouvelles conceptions de l'Art Musical, comme le chilien Humberto Allende ou le péruvien Daniel Robles qui seront plus tard ses collègues aux concerts de l'Union Panaméricaine, ancêtre de l'actuel OEA, Justin Élie essaye de promouvoir une musique nationale haïtienne. Il devançait ainsi, il faut bien l'admettre, l'appel de Price Mars qui en 1928 dans "Ainsi Parla l'Oncle" mentionnait l'importance de la musique rituelle dans le vaudou. 

Il écrivait « Il nous semble, qu'il y aurait lieu d'étudier ces thème et d'en tirer des poèmes, des pièces dramatiques d'une veine originale » précisant que cependant « la matière est en gestation, un Justin Élie dont le talent mûri par tant d'essais heureux nous engage à attendre un ouvrage de grand style ».

Justin Élie revient donc au pays en 1905. Il réserve au Cap, sa ville natale, la primeur de son concert au Club Union. C'est une révélation. Le public l'ovationne. Ce premier contact avec un auditoire haïtien, me racontait Madame Western Dauphin, est pour lui un vigoureux stimulant. Malgré la précarité des moyens de transport, les craintes de sa mère et des soeurs effrayées à cette perspective, il prend son cheval et dans l'ardeur de ses 22 ans entame une tournée de concerts à travers les villes haïtiennes.

Port-au-Prince a le privilège de l'entendre le 29 avril 1905 au cours d'un grand concert offert à la Salle Marchand de l'Asile Français. A ce gala où d'autres musiciens dont Occide Jeanty et la musique du Palais se produisaient ainsi que la cantatrice Madame Franck Faubert et sa collègue Louise Martin, le violoncelliste Édouard Laroche et le violoniste Ferdinand Fatton, le jeune virtuose Justin Élie d'après le chroniqueur Oditor du journal "Le Matin" s'est révélé un maître du piano. Son répertoire en effet pouvait impressionner. La Sonate en si bémol de Chopin, la Campanella de Liszt, précédaient une grande Valse de Concert, création de l'interprète.

Exception faite du journal "La Lanterne" des Cayes, en date du 4 janvier 1907 (et du souvenir de Madame Maurice Boisette gamine, que Justin Élie fait sauter sur ses genoux à Port-de-Paix), aucun témoignage précis ne vient baliser mes recherches sur ses tournées provinciales. Par contre, la presse de Caraïbe nous révèle que le champ de son rayonnement s'élargit. Ses concerts dans notre archipel débute en République Dominicaine où il laisse en 1908, rappelle le critique de "El Listin Diario", "des émotions profondes encore vivaces dans les coeurs." La Jamaïque le reçoit le 3 février 1909. "Le Gleaner" de Kingston le considère comme le meilleur interprète entendu de longue date. En mars de la même année, Cuba l'accueille. Le critique du journal "La Lucha" dans sa chronique "Mi Lanterna magica" écrit ces propos révélateurs : "L'interprétation admirable de notre hôte à la La Havane, permet de croire à l'authenticité des éloges relevés dans la presse parisienne à l'adresse de Justin Élie par Gabriel Fauré, critique musical du Figaro, André Wormser compositeur et critique, Théodore Dubois ancien directeur du Conservatoire et le brillant auteur de Samson et Dalila (C. Saint Saens) si avare d'éloges habituellement. Quelques jours plus tard, son passage est signalé à Santiago dans un compte rendu admiratif de Ducazal, critique musical du journal "El Cubano Libre", puis à Guantanamo dans "El Heraldo sous la plume de Pacho Mora.

Ce séjour à Cuba fut suffisamment long, pour que Justin Élie noue des liens amicaux avec Ernesto Lecuona dont il harmonisa certaines pièces, qui figureront plus tard à ses concerts patronnés par l'Union Panaméricaine aux USA. D'après l'historien de la musique Constantin Dumervé, il avait également visité Porto Rico, St. Thomas, Curaçao, le Vénézuéla. Certains journaux américains signalent son séjour dans plusieurs pays traversés par la Cordillère des Andes, désireux qu'il était de retrouver la musique des indiens les Arawaks, ancêtres des premiers habitants de l'île d'Haïti. Le résultat de ces investigations serait la fameuse Suite Quisqueya en 4 volets. (Il serait intéressant de poursuivre des recherches sur ces pistes).

Après ces succès dans la Caraïbe, Justin Élie regagne une fois de plus Haïti conforté sans doute par le beau palmarès qu'il ramène de sa tournée. Commence alors une période sédentaire, mais intense et féconde de sa vie qu'il partage désormais entre les concerts, l'enseignement et la composition. Son cours, très fréquenté élève le niveau de l'enseignement pianistique à Port-au-Prince. Le 2 décembre 1916, devenu veuf d'un premier mariage avec une jérémienne Fernande Thimothé, il épouse une des ses élèves Émilie Price.

Son foyer, s'égayera de trois enfants. Simone, l'aînée, madame Hans Stecher, s'est éteinte récemment longtemps son jeune frère, le dernier, qui avait survécu peu de temps à la la mort prématuré de son père dont Gisèle garde jusqu'à présent le souvenir vivace.

Les auditions d'élèves se succèdent. Toute une génération de pianistes se forme qui prolonge jusqu'à aujourd'hui la filiation du maître. 

Parallèlement à l'enseignement, Justin Élie s'adonne à la composition, rognant pour se faire, sur son repos, ses loisirs. Le matériau sonore est maintenant à portée de main. Il l'a collecté par monts et par vaux, au cours de ses tournées en province, mais aussi au cours d'excursions dans les campagnes environnantes, en compagnies d'amis dont Placide David qui le rapporte dans le numéro du "Temps" du 5 décembre 1934. Il a visité les houmforts et noté les chants sacrés, comme il a recherché dans nos mornes les airs anciens, les dans folkloriques ou traditionnelles.

D'abord il apprend le métier, s'exerce à composer dans le goût de l'époque : Valses brillantes, Polonaise ou autres rapsodies. Il harmonise et transcrit pour le piano les mélodies populaires, les chansons de Candio. Ce premier travail de transcription et d'arrangement garde une valeur inestimable aujourd'hui où elles nous sont parvenues transformées par l'évolution du goût et de la mode à travers le temps.

Dans un tout autre genre particulièrement délicat et raffiné proche du lied allemand et de la mélodie française, Justin Élie met en musique les vers de poètes haïtiens tel : "La Mort de l'Indien" de Joseph Vilaire, les "Lamentations" de Constantin Mayard ou encore "Quiétude" ou "Roses rouge" de Henri Durand. "Rose Rouges" d'après Lucile Dauphin, serait la belle mélodie de son frère Justin. En me les cherchant, sans résultat hélas, elle retrouva un autre feuillet jauni, le manuscrit de "Lorsque je serai vieux et que tu seras vieille." La fusion harmonieuse entre ce poème de Georges Sylvain et la musique qu'il inspire crée une atmosphère d'un charme intimiste qui contraste avec le caractère suppliant du "Chant des Hounsis", et celui plus grandiose et orchestral de "l'Hymne à Damballah". Ces deux dernières oeuvres vocales sont d'ailleurs écrites dans leur version originale pour choeur et orchestre.

Justin Élie semble avoir eu, au reste, une forte inclination pour la musique vocale, la musique lyrique et dramatique, mais dut se contenter d'écrire des poèmes symphoniques à la manière des maîtres dans ce domaine Berlioz, Liszt, Richard Strauss. Ce fut "Aphrodite", puis "Cléopâtre", dont la représentation d'après les journaux de l'époque fit sensation. Au sujet de "Cléopâtre" il avait confié à Placide David n'avoir pas écrit l'opéra dont il rêvait parce qu'interprètes et orchestres adéquats lui faisaient défaut.

Par contre, il rédigea durant la même période pratiquement toute son oeuvre pianistique. La jouant et la faisant jouer en solo et en duo par ses élèves. Telle la "Bacchanale" dont la 1ère audition en février 1919 au Cercle Port-au-Princien, fut saluée par une critique enthousiaste de M. Seymour Pradel. Pour lui cette Bacchanale apparaissait comme un jaillissement de l'âme nationale et il remerciait l'auteur de "nous avoir porté à force d'efforts, de volonté, de talent, loin des sentiers battus et parmi une incompréhension inexplicable, ce frisson d'art nouveau, ce par quoi, poursuivait-il, notre musique, la musique haïtienne méritera d'avoir une place originale si petite si modeste soit-elle dans le somptueux et sonore Palais de la musique mondiale". Cette Bacchanale objet d'un tel éloge, venant d'un homme de haute culture, reste jusqu'à ce jour introuvable. Par contre il nous reste ces "Chants de la Montagne", véritables joyaux miniatures.

Au cours de l'été 1922, Justin Élie décide de laisser Haïti. Est-ce l'incompréhension inexplicable mentionnée tout à l'heure par Seymour Pradel qui l'y incite, ou sa déception de ne pouvoir créer cette École de Musique dont parle la célèbre encyclopédie musicale, le "Beechers", où son nom figure en noble compagnie, ou encore est-ce cette impossibilité de créer opéra lyrique et oeuvres symphoniques, évoquée par Placide David ? Toujours est-il qu'en septembre 1922, il s'embarque pour New York, où il va s'occuper de l'édition de ses oeuvres musicales, selon le journal "Le Matin". 

Au début, il fait face seul à cette vie nouvelle. Cependant le 12 décembre il offre son premier récital à New York. Le critique du journal "Musical Advance" note et je cite "Un des plus brillants pianistes que nous ayons entendus depuis des années s'est fait entendre pour la première fois au Carnegie Hall le 12 du mois de décembre en cours. La grande partie du programme fut consacrée aux oeuvres de ce talentueux haïtien. La suite comprenant des oeuvres de Chopin, Liszt, montrait une interprétation soignée et une conception claire des exigences des oeuvres." Le critique de New York Hérald commente de son côté : "M. Élie joue avec autorité tout en gardant un charme naturel très personnel."

Le succès arrivant, son épouse le rejoint en février 1923 et dès mars joue en duo avec lui certaines de ses compositions au "Princess Theater de New York". Et ce sont des créations successives d'oeuvres originales dont la Presse américaine se fait l'écho tel le "Ballet Vaudoo Moon" présenté par une ballerine de renom Gilda Gray en juillet 1923.

En 1924, il achève "Armona" drame lyrique, et met en chantier les oeuvres symphoniques qui auront un grand retentissement plus tard : "Au pied des Pyramides", dont la première eut lieu à Washington le 2 mars 1927. Lee Somers de Washington Herald écrira à cette occasion : "Justin Élie est sans conteste l'un des compositeurs les plus d'avant-garde d'aujourd'hui, de quelque nationalité qu'ils soient, comme créateur de rythmes modernes, d'effets orchestraux. C'est un artiste qui peut être comparé à Ravel, Respighi, Gershwin".

En avril 1928, Hannibal Price, ambassadeur d'Haïti à Washington, fait à Justin Élie absent le compte rendu élogieux de la création dans la capitale américaine de la "Suite Quisqueya". Tandis que une fois de plus Lee Somer rapporte sur le "Washington Herald" les propos de Franck Baer et je cite "Élie utilise dans le 4e volet de la Suite Quisqueya des rythmes plus syncopés que Gershwin dans "Rapshodie in Blue". Ces rythmes sont comparables à ceux de Stravinsky."

Au cours de la même année 1928, les édition Fisher publient les partitions des "Chants de la Montagne" et aussi "La Légende créole", duo pour violon et piano où Justin Élie utilise à découvert le thème de la ronde "Zombi Moniwa" qu'il fait longuement désirer.

En août 1930, Robert D. Heinl dans la rubrique "Off the Antenna" parle de la création d'une nouvelle oeuvre symphonique d'Élie : "La Nuit dans les Andes" et la présente comme "l'une des meilleures oeuvres offertes cette année là au cours de la saison d'émission radiophonique".

Une étape très importante de la carrière de Justin Élie est franchie lorsque en mai 1931 la National Broadcasting Co. l'engage pour une série de concerts devant être transmis pour l'Europe et le continent américain : "The Lure of the Tropics", "Le Parfum des Tropiques" est le nom de cette émission. A ces programmes, outres ses oeuvres, il fera entendre fraternellement des compositions de quelques-uns de ses contemporains, tels Georges Borno, Ludovic Lamothe, Franck Lassègue. Moins connu que Lamothe, Lassègue, dentiste, pianiste, écrivain, né à Jérémie en 1892, vécut toute sa maturité à Paris où il mourut en 1940.

Toujours dans le cadre de son engagement à l'émission "The lure of the Tropics", au programme offert à Haïti par la General Electric, la "Fantaisie Tropicale" sera exécutée sous la direction de Justin Élie le 13 juillet 1931. Dans cette oeuvre pour piano et orchestre la soliste est une pianiste bolivienne renommée Lolita Cabrera de Gainsbourg.

Avez-vous remarqué, chers amis, la place importante occupée par Justin Élie dans la vie artistique new-yorkaise ? Et pourtant j'ai omis de mentionner la création d'oeuvres destinées à la sonorisation de films pour le cinéma naissant : tel "Le Fantôme de l'Opéra". Une activité aussi intense finit par altérer sa santé. Les premiers symptômes de la maladie qui devait l'emporter s'étaient manifestés en mai 1931. En août, il refuse l'hospitalisation pour pouvoir répondre à ses engagements, témérité fatale. 

Il meurt le 3 décembre 1931, au lendemain du 15ème anniversaire d'un mariage heureux, à la veille de la signature d'un contrat avec la firme Paramount.

Après d'émouvantes funérailles à New York, ses restes funéraires sont ramenés à Port-au-Prince. Occide Jeanty lui-même dirige la partie musicale de l'imposante cérémonie religieuse célébrée à la Cathédrale. L'inhumation a lieu au cimetière de Port-au-Prince.

Ainsi finit la vie d'un homme dont 65 ans après sa mort nous ne connaissons pas l'étendue de l'oeuvre, car sa période la plus féconde se situe au moment de sa vie New Yorkaise. La plupart des partitions mentionnées ce soir sont hélas introuvables. Celles qui nous restent ont les belles caractéristiques de la musique romantique avec une touche discrète d'impressionnisme. Leur écriture n'est certes pas révolutionnaire, elle révèle  un sens raffiné de la mélodie, l'usage d'un langage harmonique clair, riche mais sans outrance, des trouvailles rythmiques audacieuses quoique familières à nos oreilles haïtiennes. "Le Nocturne", 3ème volet des "Chants de la Montagne" en est une remarquable illustration.

Comment ne pas s'attrister à l'audition de cette page frémissante de sensibilité, de l'absence de tant d'autres ouvrages parmi les plus importants du compositeur, presque toutes les oeuvres symphoniques énumérées ce soir. Celles où justement s'est déployée cette autre facette de sa personnalité, son talent extraordinaire d'orchestrateur, qui le rapproche d'un Ravel car fondé chez lui aussi sur une exacte application du timbre aux suggestions de l'écriture. Sa science de l'instrumentation qui lui permet d'introduire avec hardiesse les instruments exotiques au sein de l'orchestre symphonique élargissaint ainsi, à l'instar de stravinsky, la section des percussions. "La Fantaisie Tropicale pour piano et orchestre en est un exemple probant. Oeuvre grandiose où le piano dans une écriture musicale éblouissante dialogue ou chante de concert avec l'orchestre, d'une écriture musicale éblouissante dialogue ou chante de concert avec l'orchestre, d'une richesse sonore impressionnante, deux thèmes bien typés. L'un très mélodique souvent nostalgique, l'autre rythmique et dansant.

Comment ne pas regretter la disparition prématurée d'un artiste de cette trempe dont l'évolution musicale, des premières méringues harmonisées aux oeuvres plus élaborées, était chargée de promesses. Car comme le traduit la haute tenue de sa musique signalée par Patrice Dalencour dans l'édition du Nouvelliste du 18 décembre 1983, Justin Élie avait de son art une idée très élevée.

"Esprit puissamment créateur, il avait passé outre aux tabous et préjugés d'une société culturellement extravertie. Il avait compris que notre culture populaire porte en elle de grandes richesses musicales et surtout qu'il ne suffit pas d'en parler dans des revendications compensatoires ou de la figer en folklore embaumé, mais qu'il importait de les étudier et de les faire fructifier.

"Esprit exigeant, ce n'était pas la complaisance suspecte devant les balbutiements d'une musique d'un pays jeune qu'il ambitionnait, mais la production d'une oeuvre qui s'impose par elle-même en raison de ses qualités. 

"Esprit synthétique, il ne craignait pas de s'ouvrir à divers apports parce que se sachant capable de les intégrer et de les digérer sans peur de perdre son originalité, mais au contraire pour cultiver celle-ci dans une inter fécondation de ces différents apports".

Tel était l'homme, dont j'ai eu le plaisir de vous entretenir ce soir.

Sortir de l'ensevelissement définitif des compositions inédites parents, anciens élèves, collectionneurs ici présents, c'est faire oeuvre qui vaille. Les divulguer est un devoir impératif envers notre jeunesse en quête de valeur, avide de savoir. C'est aussi commencer à rendre justice à Justin Élie lui-même. Car il n'est point digne que l'oeuvre d'une vie se perde. Il est fautif de dilapider le travail de l'homme.

 

Micheline Dalencour


*Conférence prononcée pour le Club des Femmes de Carrière au Cercle Bellevue, le 6 décembre 1996.

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