Indiquons tout d'abord qu'on ne trouve aucune mention de ce nom dans l'ouvrage d'Emile Hayot "les officiers du
conseil souverain de la Martinique - 1675/1830".
A Paris est célébré le 1er mars 1816 le mariage de Jean Marie Antoine PEYSSON de CHALARIEU né à Belley dans
l'Ain, le 8 janvier 1785, avec Félicité Rose Adèle FOUGEU de VILLARSON née à Chartres, le 18 vendémiaire an 4, fille
de Louis Etienne et Adélaïde Sophie de SENANGE.
Il existe également une importante famille de FOUGEU d'ESCURES, mais il n'a pas été possible, pour le moment,
de savoir si un lien existe entre elles. Ce que l'on peut dire, sans grand risque d'erreurs, c'est que la Beauce à
travers les villes d'Orléans, de Chartres et de Patay, semble être leur lieu d'origine.
A Patay en 1539, on
trouve Thomas FOUGEU Laboureur, marié à Charlotte MACÉ; Patay étant le lieu de naissance d'Agnan FOUGEU qui se
marie à St Domingue
.
Concernant cette colonie, on peut apporter les précisions suivantes :
A la Croix des Bouquets le 20 octobre 1733, Agnan FOUGEU, habitant de cette paroisse, capitaine de milice,
fils d'Etienne et d'Anne MIRAULT, natif de St André de Paté (Patay) évêché de Chartres, épouse
Delle Rose RÉMI
(REMY) fille de feu sieur Michel, habitant, et dame Marie AUBRY, native de cette paroisse (7 juin 1710).
Deux filles légitimes naîtront de cette union :
-
- Marie Rose o 3 8 1734, b 5 1 1735,
-
- Marie Thérèse o 4 10 1735, b 4 11 1736.
Nous y reviendrons dans un instant.
Rose RÉMY, la maman, décède le 23 octobre 1736.
Agnan FOUGEU, qui sera décoré de l'ordre de St Louis, possède deux habitations aux Varreux : habitation des
Sources et habitation des Varreux sur laquelle il décédera le 7 décembre 1761, âgé de 64 ans.
Les deux habitations
reviendront pour moitié à chacune des deux soeurs.
Cette famille semble arrivée groupée dans l'île, puisqu'on trouve
- le mariage à Léogane le 16 janvier 1713
de Marie Thérèse FOUGEU, fille d'Etienne, prévôt de la ville de Patay (et donc soeur d'Agnan qui précède) avec
François ROBIOU de MAREUIL, conseiller et greffier en chef du conseil supérieur de Léogane.
-
Il y a également un autre frère Louis qui donnera naissance à une branche "illégitime" à travers Louis,
mulâtre libre, baptisé le 1er juillet 1731 à la Croix des Bouquets, fils de la négresse Charlotte "son maître Louis
FOUGEU est le véritable père" qui affranchit l'enfant.
-
Agnan FOUGEU va fonder une famille parallèle en donnant des frères et soeurs mulâtres à ses deux filles.
Gageons
qu'ils se fréquentèrent très peu.
A la Croix des Bouquets :
- Agnan, mulâtre libre o 18 3 1761 b 2 6, de père inconnu et de Marie négresse libre. Le parrain est N BORMAN (?)
mulâtre, esclave à Monsieur FOUGEU.
- Suzanne, mulâtresse libre, b 6 9 1752, âgée d'environ trois semaines, née d'un père inconnu et Marie-Louise
négresse libre, demeurante sur l'habitation de M. FOUGEU.
- Marie-Louise FOUGEU, mulâtresse libre, x 30 7 1756, Pierre PIERRET, fils naturel de Jean PIERRET dit NAMUR et
de Marie BLOQUIN. Marie-Louise est fille naturelle de Monsieur FOUGEU, habitant de cette paroisse et de Marisa
ou Marie ou Marion, négresse libre. Marie-Louise signe.
- Marie-Louise b 7 11 1762, o 30 7 de père inconnu, fille de Marie-Thérèse
demeurant sur l'habitation de Monsieur
FOUGEU.
x Mirebalais 24 11 1778 Jean-Michel, mulâtre libre.
Dans l'acte de mariage elle est prénommée Marguerite Louise. Son tuteur est Agnan FOUGEU, mulâtre libre ainsi
que Louis FOUGEU aussi mulâtre. Ils signent tous les deux.
A Port au Prince :
- Barthélemy Julien, b 29 4 1753, carteron libre fils naturel de messire Agnan FOUGEU, habitant au Cul de Sac et
de Thérèse, mulâtresse libre. Peut-être le frère de la précédente.
Il serait intéressant de savoir si aujourd'hui vivent en Haïti des descendants de cette famille Fougeu.
On trouve également à Mirebalais en 1768 le mariage de Louis Fougeu. Mais la reproduction sur microfilm est
tellement mauvaise qu'il n'a pas été possible de l'identifier avec certitude.
Revenons aux deux filles légitimes.
Marie-Rose épousera le 11 mai 1750 à Léogane, Hubert comte de CONFLANS de BRIENNE, chevalier des ordres royaux, chef
d'escadre des armées navales de sa majesté et lieutenant général pour le roi des îles françaises de l'Amérique sous
le vent. Le contrat fut dressé par Me Legrand notaire à Léogane. Il est le fils de Robert Anne baron et comte de
CONFLANS, seigneur d'Henriville, Fay le Sec et autres lieux, et de Dame Anne Charlotte BOUCHEL. Noté comme bon
officier, sachant bien son métier, mais un peu vif et haut sur sa naissance, "prétend descendre des Rois de
Jérusalem". Il deviendra vice-amiral maréchal de France et décédera à Paris en son hôtel de la rue Saint Dominique le
17 janvier 1777. Une fille était née Anne Charlotte baptisée à Léogane le 22 juin 1751. Elle sera inhumée à
Paris en l'église St Sulpice le 17 octobre 1755.
(NDLR : Il était né en 1690. Les époux avaient 44 ans de différence !)
Pendant son gouvernorat le comte de CONFLANS avait acquis en 1751 des concessions au Fond de l'île à Vaches dans la
plaine à Jacob et la hatte dite l'Étang des Cocoyers qui appartenaient à l'origine à Bertrand de LAROQUE,
chirurgien major, habitant aux Cayes dans la partie sud de St Domingue. Les originaux de vente en parchemin, furent
déposés chez Me Deshays, notaire à Paris le 5 juillet 1752. Il revendit ses propriétés le 15 mars 1768 à Jean
Joseph de LABORDE pour 300 000 francs argent de France, par acte dressé chez le notaire Duclos
Dufresnoy.
Si ce "beau mariage" propulse la famille FOUGEU dans la meilleure noblesse, sa soeur ne va pas être en reste.
En effet le 24 avril 1763, le notaire parisien Robineau, dresse le contrat de mariage de François Jean Charles de
LA ROCHEFOUCAULT, marquis de BAYERS, colonel de grenadiers
royaux de son nom, fils de Jean, marquis de MOMONT
et Marie Marguerite DES ESCAUD. Ils demeurent en leur hôtel, rue de
Seine, faubourg St Germain. Notons que le père de la mariée
est devenu "messire Agnan de Fougeu". Le contrat de
mariage sera signé par le Roi et toute la
famille royale. Une fille naîtra de cette union. Marie Joséphine
Félicitée qui épousera Charles François Gabriel vicomte de GAND, d'où
une fille Louise qui se mariera avec De LACERDA Y PALAFOX, Grand
d'Espagne.
Tout semble aller pour le mieux dans le
meilleur des mondes possible. Les deux habitations sont bien gérées
(nous possédons comptes, recensements, fonctionnement, roulaisons,
embarquement des sucres, etc.) et rapportent bon an mal an de
substantiels bénéfices aux deux héritières, quand éclate
en 1789 le tonnerre de la Révolution.
Jugeant
à l'évolution des événements, qu'il était préférable de
partir, M de LA ROCHEFOUCAULT, son épouse et sa soeur émigrent le
3 mai 1791. Ils vécurent plutôt chichement comme
beaucoup, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Angleterre. Ces trois personnes
reviennent en France par Calais, en fructidor an 10 (août 1802) dans les
délais prescrits par le sénatus-consulte et prêtèrent serment de
fidélité au gouvernement français, déclarant renoncer aux
secours que le gouvernement anglais accordait aux émigrés. Le 13
brumaire an 11 (4 novembre 1802) trois certificats d'amnistie pour
fait d'émigration leur étaient accordés.
Ces certificats étaient attendus "pour pouvoir sauver les débris
de leurs propriétés situées à St Domingue. Nous
sommes septuagénaires, privés de toute espèce de
moyens d'existence et accablés d'infirmités et de vieillesse".
Tous trois s'installent rue de Sèvres où
ils vivront très modestement (évoquant sans doute la douceur
d'antan).
Monsieur de LA ROCHEFOUCAULT décède
le 7 nivôse an 11. Marie Rose FOUGEU, sa
belle-soeur, le rejoint dans l'au-delà, le 21 fructidor an 12 (8
septembre 1804). Entre temps les deux soeurs, manquant sans doute
d'appréciation sur l'état de l'ancienne colonie et de leurs
habitations, avaient nommé un procureur
pour "régir, administrer, affréter les navires, soigner
les malades, etc.".
Le 7 juin 1808, Marie-Thérèse
quitte ce bas monde, âgée de 73 ans. Son testament fut
déposé chez le notaire Péan de St Gilles, le 30 avril
1808. Maître Hua dressa l'inventaire des biens lui
appartenant. Six tableaux sont mentionnés pour mémoire
comme étant des portraits de famille. La prisée du
linge modeste, mais de bonne facture se monte à 1163
francs. Les bijoux et argenterie sont estimés
4862 francs. Les meubles appartiennent tous au propriétaire
qui leur louait l'appartement. Son unique héritière
est sa petite-fille Louise VILAIN de GAND.
L'inventaire des papiers est une
simple énumération "lettres, missives et autres
pièces qui n'ont été plus au long décrites ni inventoriées à
la demande des parties".
L'exécuteur testamentaire Henry de MAUSSAC, chanoine de la Métropole
indique qu'il n'a pas connaissance que Mme de la ROCHEFOUCAULT BAYERS eût
les titres de propriété des biens
à St Domingue (...) en la possession des rebelles (...)
depuis la révolution survenue en ce pays. Il précise que
la défunte touchait 100 francs par mois
d'une pension allouée par sa majesté l'Impératrice.
Un trait final sera tiré le
1er mai 1828 lorsque l'indemnité de St
Domingue viendra régler la succession Fougeu. A la
Croix des Bouquets pour les deux sucreries des Sources et des
Varreux, quartiers du Cul de Sac et des Varreux. A
Mirebalais, une hatte, les Bretelles. Les ayants
droit réclamant étant :
- De LACERDA Y PALAFOX :
- Joseph - Maxime - Augustin - Martin - Ramon - Antoine de
Padoue - Pierre - Joachim - Vincent - Ferrer - François de Sales -
Thomas d'Aquin - Jean-Baptiste Judas - Thadée - Toussaint - comte
de PARCENT Y de CONTAMINA, légataire de son épouse Louise
VILAIN de GAND.
- Marie - Louise - Beltran, etc.
- Marie Du Pilar , etc.
- Jean - Joseph, etc.
- Emilie - Ramona, etc.
- Virginie - Efigénie, etc.
héritiers par représentation de leur mère
sus nommée, fille et héritière de la vicomtesse de
GAND, née de LA ROCHEFOUCAULT, héritière elle-même
de ses mère et tante anciennes propriétaires. Ils
toucheront une indemnité de 147.014,16 francs.