extrait : Les usages du patrimoine monuments, musées et politique coloniale en Algérie ...De
Nabila Oulebsir
Charles Frédéric Chassériau est le cousin du peintre orientaliste Théodore Chassériau
(El-Limon, Samana, Saint-Domingue, 1819-1856), lequel était le fils de Dona Maria Magdalena Couret de la Blatière
(créole issue d'une famille d'agriculteurs originaire
du département de la Charente et installée là depuis le XVIIIè siècle)
et de Benoît Chassériau (originaire de la Rochelle). Il a souvent été
confondu avec le frère de Théodore qui portait également le même
prénom, Frédéric (1807-1881), lequel avait été soutien de famille de
ses frères et ses soeurs (Théodore, Adèle, Aline, Ernest) lorsque ces
derniers étaient venus s'installer à Paris en 1822.
Fils d'un général de l'Empire, le baron Victor Frédéric
Chassériau (frère de Benoît et chef d'état-major de
Belliard), mort à la
bataille de Waterloo (1815), Charles Frédéric Chassériau entre à
Saint-Cyr en 1819 où faute de n'avoir pas obtenu une bourse du
gouvernement, il est contraint de s'orienter vers l'Ecole des beaux-arts où
il entame des études d'architecture, dans l'atelier de Mesnager (admis le 3
avril 1824). Sa carrière débute en tant qu'inspecteur de la Grande Voirie
de la ville de Paris et se poursuit en Egypte où il d'abord chargé de
travaux à Alexandrie (1830-1833), puis à Marseille où il devient
directeur des Travaux publics (9 mais 1833). Il assure la fonction
d'architecte du département des Bouches-du-Rhône, d'architecte des ports
de Marseille et d'Alger, et enfin de directeur des Travaux publics à Alger
où il arrive en 1849. Il est à trois reprises architecte en chef de la
ville d'Alger (1849, 1859, 1874) et prend sa retraite en 1882.
Les différents projets qu'il réalise aussi bien des
commandes publiques pour la municipalité d'Alger que des commandes
privées, dont l'église d'El-Biar et des villas dans les environs d'Alger,
de même qu'il est l'auteur en 1858 d'un projet de ville moderne à Alger Mustapha, resté au stade conceptuel.
Il est connu pour la construction d'une oeuvre majeure,
conçue avec l'architecte Ponsard, le Théâtre impérial d'Alger, édifié
entre 1850 et 1853 par l'entrepreneur Sarlin au niveau de la place Bresson,
espace autour duquel ont été plantés par la suite palmiers, ficus et
magnolias, et devenu un point central du parcours urbain. Détruit en 1882
suite à un incendie, le théâtre fut reconstruit l'année suivante par
l'architecte Ouadot, en quelques mois seulement.
Charles Frédéric Chassériau est surtout célèbre pour le
traitement du front de mer qui donne dès le Second Empire une image urbaine
à la ville préfigurant le nouvel Alger moderne. Grâce à ce boulevard
d'une longueur de plus de 1 200 m, appelé boulevard de l'Impératrice puis
de la République, réalisé entre 1860 et 1866, selon une alternance de
voûtes étagées, de magasins et de logements, Alger fait désormais
pendant à Marseille et prend l'allure d'une ville des deys. El-Djezaïr,
paraissant plus française que mauresque. Les arcades de ce boulevard ont eu
un grand succès. Certains auteurs iront jusqu'à souligner qu'elles
"expliquent la fortune d'Alger" et que c'est grâce à cet
ordonnancement que la ville doit son "rang de capitale" (Desprez,
[1860] 1898:69). D'autres compareront le boulevard à un collier
de perles (Camus, 1938). Cette solution
préconisée d'une promenade le long de mer fait l'unanimité au
lendemain de l'indépendance. Le premier architecte algérien, Abderrahmane
Bouchama, pourtant peu favorable à l'architecture colonial, situe ce
boulevard parmi les meilleurs réalisations du XIXè siècle et souligne la réussite
de cette oeuvre où les concepteurs ont excellé pour
"revoir l'impératrice Eugénie" (Bouchama,
1966:49).
Sélection Bibliographique :
-
Chassériau, Ch-F., 1858, Etude pour l'avant-projet
d'une cité Napoléon-Ville..., Alger, Dubos frères; Monnier, G. 1983
-
"Architecture urbaine et urbanisme en Algérie dans
le Second Empire : le cas de l'architecte Charles Frédéric Chassériau
(1802-1896)" in Culture et création dans l'architecture
provinciale de Louis XIV à Napoléon III, travaux et colloques de
l'Institut d'art, publication et l'université de Provence : 299-308;
Crest, F. 1985
-
"The Boulevard de l'Impératrice in Colonial
Algiers (1860-1866), Environmental Design, 1:54-59