Un des plus importants peintres du XIXe
siècle, demeure mal connu et dont la seule exposition d’envergure remonte
en effet à 1933 et dont la dernière, la plus mémorable, est celle de
Santiago de Caballeros en République Dominicaine au Centre León du 8 au 8
juillet 2004 suivie de Santo-Domingo au Museo de Arte Moderno du 13 juillet
au 20 août, mise en place grâce aux fonds du musée du Louvre et à
la Bibliothèque Nationale de France. Théodore a pu retourner chez lui,
sous cette lumière qu'il a tant aimé
[Fils d'un des derniers administrateurs de la colonie de Saint-Domingue
et d'une créole]. Il a 3 ans lorsque son père
décide d'installer sa famille à Paris.
L'appartement, où il vit avec sa mère, ses deux frères et ses deux soeurs,
demeura longtemps son refuge: il ne s'en éloigna guère, sinon pour aller,
comme il le disait, dans «ses églises», Saint-Mérri, Saint-Roch, Saint Philippe du Roule
autant de lieux où l'on peut admirer aujourd'hui les grandes compositions
qu'il peignit dans les années 1840-1850.
Peintre précoce et doué, il entre à l'âge de 11 ans dans l'atelier de
Jean-Auguste Dominique Ingres. Ingres témoigna de l’affection à son jeune élève à qui il prédisait qu’il serait « le Napoléon de la peinture ».. Chassériau combinera avec talent et succès les leçons de ses deux illustres
maîtres. La pureté classique des lignes Ingresque, se teinte de la fougue romantique de Delacroix, son second
maître.
Huit ans plus tard, il triomphe au Salon avec «Suzanne au bain» et «Vénus
marine», «tout humide encore des baisers de la mer», dira
Théophile Gautier. Chassériau s'inspire de la Bible, de la mythologie,
mais aussi de Shakespeare, de Lamartine, de Byron. Chantre de la femme et
des séductions de l'Orient, il peint aussi des portraits empreints de vérité:
c'est l'âme qu'il veut saisir, et avec elle la passion, à limage de celle
qu"il vit avec la comédienne Alice Ozy [ancienne
compagne de Victor Hugo].
En 1846, lors d'un voyage en Algérie, il découvre la lumière et il éprouve
la sensation de contempler le monde comme il était «à son premier jour».
Baudelaire l'accusera d'avoir voulu «détrousser» Delacroix.
Cette rétrospective s'attache à montrer la singularité de Chassériau, l'importance
qu'ont eu pour lui les primitifs italiens, Titien, Tintoret ou encore le réalisme
espagnol, et comment il construisit son oeuvre par-delà Ingres et
Delacroix.
Très tôt, vers le milieu des années 1830, Théophile Gautier s'intéresse à l'art de Chassériau. Il lui prête alors des
"vies imaginaires" ou parle de "grâce étrange" pour tenter de rendre compte de l'univers particulier du peintre. En effet, Chassériau ne cesse de se jouer d'atmosphères trouble, étrange, équivoque et mystérieuse.
Théodore Chassériau était à son époque renommé pour ses portraits et ses scènes historiques, dont son Tepidarium à Pompéi (1853) exposé au Musée d'Orsay.

[...]
On a longtemps voulu retenir de cette période que l’opposition entre
Ingres et Delacroix, entre la ligne et la couleur. Or Chassériau fut l’élève
du premier avant d’être séduit par les préoccupations esthétiques du
second. Sa brève carrière fut marquée par quelques commandes publiques (églises
de Paris et décor à la Cour des Comptes) mais aussi par ses voyages à
Rome mais surtout en Algérie (1846). Ses dessins, ondulants, comptent parmi
les plus beaux du XIXe siècle.
L’œuvre de Chassériau surprend par la variété des thèmes abordés
et des solutions plastiques trouvées. Les portraits, peints et dessinés,
forment la part de son œuvre peut-être la plus séduisante mais on ne
saurait négliger le versant plus ambitieux où s’incarnent les
principales préoccupations de son temps (dont le
renouveau religieux ou la politique coloniale), celui de Balzac,
Hugo, Gautier mais aussi de Lacordaire, Tocqueville ou Lamartine. En effet
Chassériau fut tout sauf un isolé.
Sa postérité fut des plus importantes, en particulier Puvis de
Chavannes et Gustave Moreau ont beaucoup regardés ses œuvres et ses décorations
murales. Peintre inclassable au regard des critères ordinaires semblable en
cela à Géricault qu’il admira tant, Chassériau touchera notre
sensibilité contemporaine.
Le musée des Beaux-Arts de Strasbourg conserve quatre importants
tableaux de Chassériau (Femme mauresque sortant du bain, 1854 ; Mazeppa,
1851 ; Desdémone à sa toilette, 1849 ; Le Réveil de Desdémone, 1849).
C’est l’œuvre d’un artiste mort jeune mais laissant une œuvre
nombreuses [...].
Une œuvre qui n’est pas un panaché des leçons soi-disant
inconciliables d’Ingres et de Delacroix mais d’une inspiration toute
personnelle qui, selon les mots du peintre, osa l’inconnu.
A sa mort, à 37 ans, Gautier déclara: «D'autres artistes ont été
plus purs, plus complets, plus explicites, mais nul ne nous a troublés
autant que Théodore Chassériau.»
Oncle : Victor Frédéric
Chassériau, général tombé à Waterloo.
Cousin germain : Baron Frédéric
Chassériau, architecte en chef de la ville d'Alger.