Jean-Jacques DESSALINES

Texte par Richarson DORVIL, biographe de ROROLI.COM

:Jean-Jacques Duclos Dessalines   

Héros de l’indépendance d’Haïti, Père de la patrie, le premier des noirs !



En 1492, Christophe COLOMB réalisa ce que plusieurs croyaient impossible… il aborda les rives du nouveau monde et découvrit la sauvage, mais pas moins que merveilleuse nature des Caraïbes. Il s’établit à Quisqueya, Hayti, Bohio. Dans ce paradis, il vint interrompre le calme et la paix des Caraïbes et des Arrawaks, deux tribus qui peuplaient ce coin de terre.

Riche en toutes ressources rares et précieuses, cet incroyable environnement devint en un clin d’œil, l’objet de toutes les convoitises européennes. Elle fut dérobée de façon systématique, au point d’en extraire la moindre goutte de sève. Pour parvenir à cette fin, les faibles muscles des amérindiens furent le moteur qui faisait tourner la machine infernale de l’exploitation. La rudesse des labeurs ne fit qu’une bouchée de ses créatures impuissantes. On dut faire appel aux noirs d’Afrique, mieux bâtis et physiquement plus forts. Ils vécurent des siècles de misère, d’humiliations et d’impensables châtiments… Par delà les frontières du supportable, le nègre arraché de sa terre contre son gré, pour venir crever dans l’esclavage se vit dans l’obligation de s’organiser afin de fuir ce joug oppresseur. Vers la fin du 18ème siècle, ce paradis antillais allait se transformer en ce qui a longtemps effrayé les âmes sensibles, l’Enfer !

Le désir des asservis de connaître un mieux-être, la bravoure de leurs leaders ont conduit à une incroyable épopée, qui a fait trembler le monde dans son entièreté, mis en déroute les forces colonisatrices européennes, accordé la liberté à une classe d’hommes martyrisés, fait de ce pays meurtri et abusé la première République Noire Indépendante du monde.

Les sanglantes luttes dont Saint-Domingue fut le théâtre et la libération de ces êtres enchaînés ont eu pour principal instigateur Jean-Jacques Dessalines. Mais, qui est ce combattant qui a su chasser les hordes du puissant général Leclerc ?


Il est né en le 25 juillet 1758, à Petit-Cormier dans la périphérie de la Grande-Rivière du Nord. En venant au monde, il n’a reçu comme cadeau que la douleur que procure le fouet du commandeur. Il grandit sur l’habitation Duclos, nom de son maître, qu’il portera pendant longtemps. Au lieu de s’épanouir dans les champs d’Afrique comme ses ancêtres, il se vit contraint de travailler pour des hommes aux yeux verts qui lui infligèrent toutes sortes d’affronts. Au cours des derniers ans du 18ème siècle, il passa aux services d’un autre maître, Dessalines ; encore un nom qu’il fut contraint de porter. Une source digne de foi rapporte qu’il eut une sœur qui a porté les enfants du chevalier de Puilboreau, aïeul de Raphaël Léonidas TRUJILLO et de Guy MAXIMILIEN. Le 2 avril 1800, il épousa Marie Félicité Claire Heureuse Bonheur, qu’il rencontra à Léôgane au cours des luttes de l’armée indigène contre l’ennemi envahisseur. Sa descendance directe se présente ainsi :
Marie Françoise Célimène, née le 2 octobre 1789, Célestine, née le 12 avril 1793, Jacques Bien aimé, Jeanne Sophie, née le 20 janvier 1799, Pierre Louis,Albert, Serrine, Jacques Métellus, né le 26 juin 1805, Suprême, né en 1806, Innocent, Jean Jacques César, Marie Françoise Salinette, Brutus, Emilie Marie Claire, Marie Noël, Elisabeth, Louis et Joseph.

Au terme de plus d’un quart de siècle de servitude, il suit le cours du mouvement d’Ogé et Chavannes, affranchis, abattus dans leur lutte visant à leur attribuer l’égalité ave les colons français. Enrôlé dans les rangs des révoltés, il servit sous les ordres de Jeannot, Boukman, Jean François et Biassou … Sur demande de Bonnaventure, il rejoint le chef de Saint-Domingue de l’époque, Toussaint Bréda Louverture. Etienne Laveaux, colon de son état, n’hésita à le citer parmi les vaillants qui donnent du fil à retordre à ses propres troupes :
‘’ Toussaint a avec lui d’excellents officiers, entre autres Moyse, Dessalines, Bonnaventure etc…’’
(25 mars 1795, au comité de la marine et des colonies)

En octobre 1794, sur demande de Toussaint , le gouverneur Laveaux le promut chef de bataillon. En 1797, Sonthonax lui-même le hissa au grade de colonel toujours sur la même recommandation.


Après de sévères raclées infligées à l’armée expéditionnaire commandée par Leclerc, tant à la Ravine-à-Couleuvre qu’à la Crête-à-Pierrot, les vaincus durent baisser les armes et abandonner le front. La colonie retrouva enfin son nom d’antan, Haïti et Dessalines en devint le chef incontesté. Erreur politique ou vengeance préméditée, l’homme fort de la jeune République se montra impitoyable envers les blancs encore présents sur ce sol qu’il venait de conquérir par le sabre.

‘’ Noirs et Jaunes que la duplicité raffinée des européens a cherché si longtemps à diviser, vous ne faites aujourd’hui qu’un seul tout, qu’une seule famille ; n’en doutez pas, votre parfaite réconciliation avait besoin d’être scellée du sang de nos bourreaux. Maintenez votre précieuse concorde, cette heureuse harmonie parmi vous, c’est le gage de votre bonheur, de votre salut, de votre succès ; c’est le secret d’être invincibles’’.

En raison de ce massacre perpétré , d’aucuns ne voient en lui qu’un tyran, mais on peut comprendre que ces jugements auraient aussi dû être attribués à ceux qui l’ont marqué au fer pendant si longtemps. Mais lui-même, conscient de ses actes pour sauver ses frères de la misère la plus amère, a eu la prévoyance de laisser cette phrase aux éternels juges du bien et du mal :

‘’ Que m’importe l’opinion de la postérité, pourvu que je sauve mon pays’’.


Sorti des champs, Jean-Jacques Duclos Dessalines devint Chef d’état puis Empereur. Il fut un extraordinaire et incroyable révolutionnaire, mais bien moins grand dirigeant politique et certains de ses choix ne furent pas les meilleurs, notamment celui de la répartition des propriétés de Saint-Domingue, arrachées des mains du colon exploiteur. Dossier épineux qui, accompagné de la jalousie et la haine de nombreux de ses pairs, ont conduit au drame du Pont-Rouge. Le 17 octobre 1806, l’homme qui venait de briser les chaînes des pieds des esclaves succomba à la traîtrise de ses subordonnés dans un guet-apens.
Aujourd’hui, les restes du premier des noirs sont abandonnés dans les fatras de Port-au-Prince, sa mémoire, oubliée par plus d’un, ses actes, ridiculisés par bien d’autres. Mais, à l’instar du poète P.B Shelley :

‘’Dessalines, n’est pas de ceux que l’on aime, mais de ceux dont on se souvient.’’

Bibliographie :


Dessalines, l’esclave devenu empereur (Gaétan MENTOR), Les Jacobins Noirs (CLR James)
Les marrons du syllabaire (Jean FOUCHARD)
Histoire d’Haïti (Jean Claude DORSAINVIL)
Histoire d’Haïti (Wesner EMMANUEL)

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