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Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, le 2 juin 2006.
(Voir l'article original archivé)

Le Courrier de la Nouvelle-Écosse
Moment historique à Grand-Pré Un homme découvre par accident un aboiteau!


Le 19 mai dernier, à Grand-Pré, le propriétaire des marais avoisinants, Donald Kennie, effectuait des travaux de creusage de fossés le long de la route. De temps à autre, la pelle mécanique changeait de direction vers l’intérieur des terres.


Voici l’endroit où a été découvert l’aboiteau par M. Donald Kennie. Il était enfoui à environ 15 mètres du bord de la route et à 5 pieds de profondeur.
Photo : Victor Tétrault

C’est à ce moment qu’elle a heurté ce qui semblait être un banal bout de bois. En ramenant l’objet vers elle, il s’est brisé en deux. Aussitôt, M. Kennie a eu le réflexe de communiquer avec le Lieu historique national du Canada de Grand-Pré. Ils ont tout de suite constaté que c’était un aboiteau vieux de plus de 300 ans.

« C’est incroyable! C’est vraiment une grosse découverte. Je suis certain qu’il va y avoir des livres qui vont s’écrire à ce sujet », s’exclame le directeur général de la Société-Promotion Grand-Pré, Victor Tétrault. C’est le premier aboiteau qui est découvert dans ce village. Pourtant, beaucoup d’Acadiens ont résidé dans cette région. C’est le principal lieu de la déportation des Acadiens qui s’est déroulée de 1755 à 1762. Donald Kennie a fait don de l’aboiteau à Parcs Canada et à la Société Promotion Grand-Pré qui cogèrent l’endroit.

La technique des aboiteaux a été développée par les Acadiens au début du 17e siècle. Comme ils ne voulaient pas enlever la forêt aux Amérindiens, ils ont trouvé un moyen de prendre les terres de la mer. Autrefois à Grand-Pré, des marécages couvraient les rives du bassin des Mines. Les Acadiens ont endigué ces terres immenses et fertiles pour vivre de l’agriculture. Avec les aboiteaux, les marais salants s’asséchaient et ainsi la terre devenait cultivable. L’aboiteau retrouvé la semaine dernière daterait de 1710-1712 selon les premières expertises de l’historien Sherman Bleakney. Il n’est pas gros, ce qui laisse croire aux spécialistes que c’est un des premiers à avoir été construit.

Selon M. Tétrault, l’aboiteau retrouvé était un arbre dans lequel un canal avait été creusé. Ce qui est le plus surprenant dans cette découverte, c’est que le clapet servant à protéger les terres des inondations de la mer était intact. « C’est la première fois qu’on retrouve un aboiteau avec le clapet en place. Comme il était enfoui sous la glaise pendant toutes ces années, il a été protégé », explique le directeur général.

Présentement, il est entreposé à l’ancienne usine de pommes de la communauté. Le propriétaire Rod Fairn a gentiment accepté de prêter gratuitement l’endroit aux dirigeants de la Société Promotion Grand-Pré. Deux spécialistes en conservation des artéfacts de Parcs Canada, Colleen Day et Amanda Thomas, se chargent du processus de préservation de l’aboiteau. Il trempera dans un mélange de cire conçu spécialement pour les objets humides pendant un an. Cela aura comme effet de remplacer l’eau à l’intérieur du bois de l’aboiteau. On espère pouvoir mettre en exposition l’aboiteau le 28 juillet 2007. D’ici là, le professeur d’archéologie de l’Université Sainte-Anne, Marc Lavoie, sera en conférence le 28 juillet prochain afin de donner des précisions sur tout ce qui concerne l’aboiteau de Grand-Pré.

Toutes les recherches qui seront effectuées pourraient permettre à la communauté acadienne d’en savoir long sur son histoire. La prospérité de l’Acadie était fondée sur cette technique. Comme l’autre bout de l’aboiteau a été laissé à même le sol, les archéologues effectueront d’autres fouilles dans les prochaines semaines.

Editeur : Le Courrier de la Nouvelle-Écosse